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Le musicien


Tintement assoiffé de vie
s’atomisant à l’aurore de l’année

La prison s’est ouverte
Le bécotement solitaire est terminé
Ton flanc bleu respire la liberté

Quelques clochettes bourdonnent
Le carillon grelotte
Le miroir te cherche
Le sol t’accueille
figé
glacial

Marcel

Le trou est creusé
La loge est vide

Sous une douleur marmoréenne
la musique ruissèle
éloignée

Sybille Rembard, 2012

Epilogue éphémère


Le générique de fin déroule son texte
Avec une lourdeur précise
impitoyable

Mon nom a déjà été effacé
Je n’avais pas prévu

Mon présent se vit dans le néant
Ma vie s’évapore, ma détresse aussi

Je respire les premiers brouillards de la nuit
Avec joie je ressens l’indéfini

Sybille Rembard, 2011

Feuilles volantes


Le ciel se fait lourd quand râlent les pupitres
Annonçant dans la cour un vide insoutenable
Et le cœur enchaîné, sous la coiffe du pitre,
S’entrechoque aux paroles de maîtres de sérénades.

Les rêveries s’élèvent et frôlent l’amertume
Des sombres feuilles folles qui tangent en narguant
Les évadés punis, aux mains griffées de plumes
Dont leur omniprésence n’en fait que des absents.

Quand grincent les miroirs aux couleurs de la nuit,
Annonçant la tempête au fond des encriers,
Une larme de pluie se transforme en l’ennui
D’une vie qui s’achève dès la fin de l’été.

Isaac Lerutan, 2011

Baptême de soupirs


Je suis telle une feuille bouleversée
Un pétale suspendu
Sur un lit de marguerites
L’aube s’infiltre sagement par la fenêtre
J’oublie la banalité du passé
Tes mains me caressent, transies
Je suis enveloppée dans un Saint-Suaire
Lasse de tout
Prête à rejoindre mon Géniteur
Là où il ne peut plus chanter
L’esprit transformé
Calciné par la beauté de notre amour
Enseveli dans un sarcophage de joie

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Sonnet à Creus


Ô Sculptures pliées par le doigt des Dieux
Créations invisibles qu’on n’ose pas toucher

Et l’aigle qui vole par dessus l’Enfer
et qui se fixe sur l’astre aride craché par la mer

Et le vent qui vient chaque jour défier l’horizon
puis dessiner ces formes mortes hurlant à l’unisson
Et le vent qui souffle son éternel Amour

à la Gloire du Vide, et du Silence lourd

Chaque pas sur le chemin raconte cette autre histoire
Celle qu’on ne raconte pas, par peur de voir
le Nous, le Eux, que l’on ne verra plus jamais


Et même si on a cru le voir dans un passé lointain

Ce sera le chameau qui surgira au bout de la route
et le Rhinocéros sèché paraîtra endormi

Winston Perez, 2011

Analogie identitaire


Visages sculptés
brodés les uns après les autres
là en haut sous les toits
à côté des chambres de bonnes
Chaque profil est différent
égal dans son essence
inébranlable dans son destin
Nos regards rêveurs se démultiplient
quérissant en vain la similitude
marque ancestrale cachée dans les cellules
Nous cherchons cette statue
qui nous ressemble
ce sourire identique au même destin
se reflétant dans la brume des souvenirs
tel ce palais en pierre
dans le miroir d’eau piétinée
par la pureté de nos enfants
Nous traversons à nouveau le pont
au ralenti
la pluie fouettant nos visages
nous noie dans la tautologie de la réalité

Sybille Rembard, 2011

Nuit d’orage


La violence inonde l’empyrée
Tonnerre
Esprit captif
Réitération du présent
Tes mains caressent la lueur de mes yeux
bleus
Je regarde la colline
La tornade se rapproche
éthérique
La musique de ton souffle tambourine sur ma peau
Un éclair transperce la galaxie lointaine
Etoile invisible, accrochée à mon cœur
Les gouttes innocentes éclaboussent notre paradis
Soupirs figés
Symbiose suprême
Destruction

Sybille Rembard, 2009

Liberté


L’hirondelle transperce le nuage
oublie sa torpeur
Mes yeux l’admirent
Les années de silences
se concentrent dans ce tourbillon
criant la détresse de la société
Les larmes s’évaporant
les corps pulvérisés
les frères disparus
les âmes refroidies
la vague reprend son cours
inexorable
Les autres la suivent ensemble
enfin libres
Peut-être

Sybille Rembard, 2011

Sanglant Secret


Sous nos cuirs inégaux que l’on recouvre à souhait
de tissus et de peaux, se cache un grand secret…

Celui que l’on étouffe de règles et de craintes
Celui qui se refuse de sombrer dans la plainte

Car il est lumineux comme un éclat de grâce
sous nos corps incrédules, son âme se déplace
dans de sombres tunnels
sans jamais voir le ciel

Ce vin mystérieux, curieusement s’évapore
par delà les frontières de chacun de nos pores
Cruellement délicieux, il transporte avec lui
ses signes de faiblesse et sa force, insoumis

Cette sève docile, en vigne de noblesse,
secrètement se joue des sens de nos caresses

Mais l’enveloppe absurde a cru bon s’enjouer
de sa grande richesse dénaturalisée
Pensant la libérer, personne n’a compris
qu’un secret ne se percera jamais d’un fusil

Le reflet de l’amour, foyer des espérances
coule inlassablement, partageant son essence

Il se glace de voir ce qu’on a fait de lui

Malmené sans pudeur, au cœur des apparences,
Enseveli sous le non-sens des différences

son image est rebelle, fidèle et infinie
elle est universelle comme le sens de la vie

Imprudent, sache bien qu’au delà des habits
le sang de chaque humain joue la même mélodie !

Isaac Lerutan, 2011

Amour en cage


T’abreuvant à mes lèvres
calice argenté
désir
tu emprisonnes le fruit mûr de ma tendresse
Derrière la lanterne tes yeux seuls regardent ma fleur solitaire
éclore
Derrière les barreaux de la passion
ton regard d’opale
frémit
Tu as compris
c’est notre dernière cène
Me transformant en Physalis
écrin de volupté
j’étoufferai
apaisée

Sybille Rembard, Beauté Fractionnée, 2002

Rectangle triangulaire


L’allée est silencieuse
Je n’entends pas les oiseaux ce matin

Cette fois tous les arbres sont verts autour de la gare
Un mécanisme de vérité s’est mis en route inexorablement

Voilà pourquoi je ne comprends plus rien

Ce printemps ne ressemble plus à celui où j’étais fidèle à toutes mes femmes
J’attends l’heure éternelle de volupté
Semblable à la délicatesse des sens
Qui occupait l’espace d’une vie

La joie n’aura plus jamais sa place maintenant

C’est l’heure de la folie destructrice
Que nous attendons tous

Edgar Georges, 1999

Rêve kaléidoscopique


Dans une flaque rouge
elle voit le vitrail de son âme
démultipliée par son esprit
miroir psychique de son amoralité dorée
Ce n’est qu’une histoire virginale
redondante
cornaquée par l’opulence des sens
Son passé dessine un mosaïque
surréaliste
enluminé par la brume lactescente
C’est encore une histoire tendre et cruelle
association organique
de son corps
iridescent impudique
Elle n’est qu’une abeille butinant la mise en scène de l’humanité

Paysage impressionniste

Réveil

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002