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En attendant


Au bord de l’étang de l’incertitude
en espérant que le rêve éclose
la respiration berce l’attente
manège d’un mouvement perpétuel
barbare
bal musette rythmé par l’instant présent
seule réalité permettant de poursuivre
jusqu’aux demains ivres d’illusions
jusqu’au crépuscule de l’impatience
réitérant le carrousel sempiternel
mouvement en devenir
mécanique logique d’un arrêt inexistant
horloge de l’humanité.

Sybille Rembard, 2010

En Hiver


A chaque fois que la neige tombe,
Je crois voir un ange
sur un fil transparent.
La danse de cette délicate créature
est différente chaque fois.

Toute sa blancheur,
pure et brillante,
nous entoure, il semble, pour toujours.

La pure et fine Blanche Neige,
empreintée de soleils et de lunes,
n’a pas pu voir les hommes
emportés par le vent.

Cette fée de l’hiver
n’a pas sentit l’odeur de la guerre.
Elle n’a pas eu le moment de réflechir.
Mais elle sait que son cœur, pur et jeune,
est rempli de rêves et de rimes
qu’elle n’a pas encore exprimés.

Elle commence une nouvelle année
avec un frisson du Nord dans le corps.

Chloe Douglas, 2010

Eclat


Reine Terre, votre corps opulent
se renverse dans l’horizon.
Votre robe aux couleurs de soleil levant
s’étale à perte de vue.

Par-ci et par là,
sculptures perpendiculaires ;
cordes à grimper, lignes,
courbes et pentes
dansent à l’arrivée du vent de l’est.

C’est ce moment du printemps,
Anémone des bois
invite toutes ses amies sauvages :
Primevère, Célandine et Violette
à se baigner dans la rosée.

Il semble que pour la conférence des oiseaux,
c’est ce chant de Merle angélique,
comme si vous n’aviez jamais
entendu son cœur joyeux.
Il cherche comme un philosophe
une histoire parfaite.

Printemps, sa muse,
sur le flot vert des forêts,
sème l’enchantement
partout sur la terre.
Nous sommes joyeux,
Unis par cette fête royale chaque année.

Chloe Douglas, 2010

Océanothérapie


Les particules d’eau se collent à la peau
regorgent d’abstraction
Cette sensation de fluidité intrinsèque à chaque atome
perpètre la cénesthésie créative des neuf premiers mois
L’imaginaire se berce dans la pensée
se concentre sur la caresse du geste répété
se laisse flotter comme un objet éloigné de tout
C’est ainsi que je survis
sur une île de bonheur submergée par les ondes
Je regarde le monde à travers ce voile
le seul que je peux supporter
je constate sa beauté et mon indifférence
ses couleurs se font de plus en plus intenses
mes yeux sont aveuglés par la tendre tempête
J’ai enfin appris à nager

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Empoisonné


J’ai vu la Croix par dessus la Lune
merveilleux soir de brume
j’avais vingt ans passés

Mille cornes plantées
Mille crevasses brunes
et faisceaux éclatants
Mille pas gravés sur terre
et parfums enivrants

J’ai vu l’homme, la princesse éphémère
et le Père flamboyant

J’étais plus que moi-même
plus grand que le grand
Mon corps lacéré ne me faisait plus mal
J’étais l’air et l’humide
Et il n’y avait plus d’organes
Il n’y avait plus d’ennui

J’ouvrais les portes de la perception divine
Ce soir par dessus la Lune
J’étais empoisonné

Winston Perez, 2009

Le chat sous la fenêtre


Le chat sous la fenêtre
soulève sa petite patte
pour pouvoir sortir
et ses yeux grands ouverts
qui cherchent des regards
pour qu’il puisse l’ouvrir

Le chat sous la fenêtre
tapote doucement
avec son coussinet
sur quelques marguerites
qui se reflètent sur la vitre
derrière une ombre bleutée

Le chat sous la fenêtre
observe les oiseaux,
et d’un coup sec
s’envole dans le ciel
pour attraper le papillon
qui a pu s’échapper

La chat sous la fenêtre
d’un coup a disparu

Alors je regarde une corbeille de cerises
posée sur le vieux banc cassé
La petite patte n’est plus là
Le papillon vole un peu plus loin
J’entends le son du beau ruisseau qui coule au pied de ma maison
il n’y a plus qu’un grand rayon de soleil
qui traverse la fenêtre
Et c’est bientôt l’été

Elodie Santos, 2006

L’été envieu


Mains nues frôlent
Un sable chaud
Cœurs galopants
dans les dunes vertigineuses.

Un ciel étonné
s’embrouille avec
l’inclinaison
et la chaleur étouffante
bouleverse cette naissante envie.

Chloe Douglas, 2010

L’automne


De boue le chemin est devenu.
Les arbres encore vivement vêtus.
La pluie récente parfume l’air.
Un million de feuilles se couchent par terre.

A la descente de la brume,
le bois secret s’allume.
L’enchantement est divin,
le temps n’a plus de fin.

Errer dans le bois,
voler du passé,
ramasser du thym
gentiment faire du thé.

Rarement le silence reste
dans ce ruisseau fascinant.
Caresser tout le savoir
dans les bras de maintenant.

Chloe Douglas, 1991

L’âme errante


Gloire à celui qui sous le feu de l’existence
Donna sens à la vie et à ses plaisirs sains
Loin de la brume froide, témoin de ses carences
De ses pseudo-pouvoirs, un seul n’en fût le sien

Par delà les frontières et leurs sols en souffrance
Où d’autr’âmes s’entachent d’innombrables venins
De cette fourmilière règne son espérance
Si l’ombre d’un soleil le pique un beau matin

De ces matins fertiles, la vie donna la chance
À ce cher inconnu, ignorant son destin
Gloire à la poésie et gloire à l’innocence
De ce cri, l’âme errante en trouva le chemin…

Isaac Lerutan, 2010

Lilas


La pluie larmoyante caresse ton parfum
aime le déséquilibre éphémère
des gouttelettes assoiffées de sève
À chaque pétale elle découvre ta beauté
symphonie d’unités réfractées

Les fleurs minuscules bleutées par la lumière
avancent comme un cortège
joyeux
dansent comme une valse
d’amour
Forsythias et pivoines couronnent cet instant
courtisent l’allégorie

Sous le sublime chapiteau de la nature
un voile parfumé fleurit notre chimère

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Le Lac


on le voit caressant
l’amertume des eaux
et le flanc vieillissant
de ces terres de roseaux

où les coteaux s’achèvent
dans leurs vastes repos
dessous les ombres brèves
du feuillage des bouleaux

c’est dans l’odeur terreuse
sur le seuil de ces rives
que s’en viennent paresseuses
mourir des vagues grises

l’aub’ dénoue ses lumières
qui s’attardent sur les branches
dans les replis des pierres
et leur goût du silence

les blessures de l’argile
tel un chant naufragé
sont la mesure fragile
d’un temps recommencé

où l’homme aux pieds de boue
avance d’un pas tremblant
sur l’étoffe des cailloux
des eaux aux bords dormants

Didier Venturini, 2009

La Lettre


A la lueur d’une bougie
Je t’écris ces quelques mots
Ces quelques mots pour dire qu’ici
On monte au front c’est pour bientôt

Mais ne t’inquiètes pas pour moi
J’ai la santé juste de l’ennui
Courage, confiance, priez pour moi
Nous serons bientôt réunis

C’est de la tranchée que j’écris
Je n’ai pas une minute à moi
Alors comment vont les petits
Toujours sans nouvelles de toi

Surtout écris moi tous les jours
J’ai des heures de nostalgie
Le danger m’effraye à mon tour
Y’a t’il encore des jours des nuits

Je joins quelques photographies
Celle du soldat sous le pommier
Pourrait faire oublier qu’ici
Nos joies de gosse sont envolées

J’espère quand même que mon étoile
Me fera revenir au monde
Que tout ne finira pas mal
Dans cette boue, cette guerre immonde

Didier Venturini, 2009