Sélection : poèmes à la une

Parcours

De la main lisse à la main fripée
une vie s’est écoulée
De l’insouciance à la peur
de la chasse aux papillons
à celle de nos démons intérieurs
le piège s’est refermé
Dans la nuit de nos erreurs
s’élève un cri :
personne ne l’entend
même si
tout est silencieux
C’est cela être vieux

Kamal Zerdoumi

Sélection : poèmes à la une

Mélodie

Elle est mon fidèle compagnon
Dans mes tristesses et mes folies
Mon consolant, et unique calmant
Dans mes instants de mélancolie

Elle est ma berceuse dans la nuit
Je m’endors sur ses sons
Fanatique que je suis
Elle me submerge d’émotions

Elle m’emporte sur ses cadences
En fredonnant sa lyre
Pas à pas je danse
Un véritable instant de plaisir

Ma mélodie, mon élixir

Rhita Benjelloun, 2012

Sélection : poèmes à la une

L’écho de nos silences

On s’enverra des cœurs
A remplir nos solitudes
Et des tulipes de couleurs
Comme on n’a plus l’habitude

On se réchauffera l’âme
Depuis longtemps délaissée
On s’attribuera des Palmes
Pour chacune de nos qualités

Dans le désert bleu ciel
Nos sourires en souffrances
Combleront de plus belle
L’écho de nos silences

Thomas Chaline, 2016

Sélection : poèmes à la une

Le chemin à deux

Deux routes parallèles,
Jamais ne se touchent,
Un choeur si fusionnel,
Qui jamais ne s’abouche.

Deux vies nouvelles,
Parfois s’entremêlent,
Un fossé, une bretelle,
Un lien, une passerelle.

Deux rails, une échelle,
À l’assaut du temps, filent,
Deux esprits, une étincelle,
À l’assaut du vent, graciles.

Deux forces, aussi belles,
Amies et complices réelles
Deux êtres, aussi rebelles,
Là, sous la même ombrelle.

Nashmia Noormohamed, 2016

Sélection : poèmes à la une

Le Violon brisé

Aux soupirs de l’archet béni,
Il s’est brisé, plein de tristesse,
Le soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.

Comme tout choit avec prestesse !
J’avais un amour infini,
Ce soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.

L’instrument dort sous l’étroitesse
De son étui de bois verni,
Depuis le soir où, blonde hôtesse,
Vous jouâtes Paganini.

Mon cœur repose avec tristesse
Au trou de notre amour fini.
Il s’est brisé le soir, comtesse,
Que vous jouiez Paganini.

Emile Nelligan, Les Pieds sur les Chenets

Sélection : poèmes à la une

Avant

Vieillir
Se lever un matin
Sans penser aux tristesses
qu’on aime presque bien,
Avant

Marcher
Et ne plus voir la mer
sans devenir les autres
car on ne rêve plus,
Avant

Sombrer
Dans le creu de l’oubli
aux milles éclaboussures
qu’on voit plus que soi-même,
Avant

Porter
Milles rocs luminescents
et invisibles aux Dieux
qui ne sont pas les mêmes,
Avant

Partir
Comme partent les fées
dans ces contes maudits
qui ne se lisent plus,
Avant

Avant,
Etait le vent
Etait la peine
Etait le temps
Et maintenant
Voilà

l’Après

Winston Perez, 2017

Sélection : poèmes à la une

Le vent d’autrefois

Il est minuit et demi
Le vinyle tourne
Toujours
Ce vent d’autrefois

Café, et encore du café
Ses yeux diamants
Inconscients
Ne se cachent jamais

L’encre des idées
A peine séchée
Et tout est repris
Tout est réécrit à nouveau

Le rythme de la basse
Coule à travers son corps
Comme du chocolat fondant
Dans la bouche veloutée
De celle qu’il aime

Jules Delavigne, 2006

Sélection : poèmes à la une

Ivresse rose

Fraîche omniprésence du destin
Ton parfum, ma beauté, cette rose oblique
Heureusement qu’on peut être
Je crie ma joie, mon étourdissement, noyée dans cette banlieue oubliée du monde
Passion jaillissante de toi
Envie d’exister
de vivre
de jouir
de tes mains, chaleur enivrante
Ma peau est là encore aujourd’hui, demain, qui sait, elle ne sera point
Cuirasse, bouclier ou coquelicot sauvage
Pétales à cueillir cet instant
Chair sublime
Engrenage de reproduction humaine

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Sélection : poèmes à la une

Le Liseron

Dans les blés mûrs, un soir de fête,
La jeune fille me cueillit ;
Dans ses cheveux noirs, sur sa tête.
Ma blanche étoile rejaillit.
Fleur domestique et familière,
Je m’y collais, comme le lierre
Se colle au front du dahlia ;
Sa joue en fut tout embellie ;
Puis j’en tombai froide et pâlie :
Son pied distrait me balaya.

Mais le matin, sous sa fenêtre,
Un passant me vit par hasard,
Se pencha pour me reconnaître,
Et me couva d’un long regard.
« Viens ; dit-il, pauvre fleur sauvage.
Viens, mon amour et mon image,
Objet d’envie et de dédain,
Viens sécher sur mon cœur posée :
Mes larmes seront ta rosée,
Mon âme sera ton jardin ! »

Depuis ce jour, rampant dans l’herbe,
Je m’enlace autour d’autres fleurs ;
J’abrite leur tige superbe
Et je relève leurs couleurs ;
Et quelquefois les jeunes filles
Me fauchent avec leurs faucilles,
Pour faire un nuage à leur front :
Je nais pâle et toute fanée,
Je suis le lierre d’une année.
Foulez les pauvres liserons !

Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839

Sélection : poèmes à la une

Mélodie

Comme un couteau dans un fruit
Amène un glissant ravage,
La mélodie au doux bruit
Fend le coeur et le partage
Et tendrement le détruit.
— Et la langueur irisée
Des arpèges, des accords,
Descend, tranchante et rusée,
Dans la faiblesse du corps
Et dans l’âme divisée…

Anna de Noailles, Les Forces éternelles, 1920