Terres inconnues


aux frontières de la folie
le cerveau déploie ses facultés
tatouages étranges
âme daltonienne
ironie du présent
fable inquiétante

Je regarde le monde avec les yeux d’un séraphin
les couleurs se mélangent
se blessent
Je régurgite la douleur
de mes aïeux

J’erre parmi les autres
en sursis
une fine pluie dorée
tombe sur mes rêves

je suis le gouffre du monde
sans fin

Sybille Rembard

A l’intérieur de mon jardin


Parmi le vert
et la floraison
de toutes les plantes les plus belles
je flâne.
Je délibère ici
Je rêve par là.
L’heure s’arrête
ou plutôt s’étend pleinement,
se déplier et s’amplifier.

Ces tournoiements et ondulations soudaines
de brises d’été,
envoient tous les parfums
dans l’air chaud.
Contempler une feuille
ou le motif sur le mur
créés par des branches les plus prés.

Ces têtes-là de fleurs dansantes
exposent délicatement
toute leur gloire.

Quelle simplicité à se perdre.
Et quelle aisance à respirer
doucement.
Et quelle aisance
à avoir des pensées profondes.

Chloe Douglas, 1995

Citoyenne Libellule


Rebelle silencieuse
délicate comme de la dentelle
enrobée de lumière
ton corps doré-bourbier
du reflet de ta rivière

Hausser les ailes turquoises verdoyantes !
Tu veux exploser, cracheuse du feu d’artifice!

Tu en as marre du tremblement incessant
Dans ton âme amoureuse, terminé le silence patient.

Ne voltige plus,
voler loin
caresser les vents du Nord
utiliser les nuages
pleurer tout ce que tu veux
hurler à faire peur.

Il faut prévenir La Terre
de la défaillance finale.
Plus jamais d’impitoyable loi de silence.
Chantonner, bourdonner,
rigoler jusqu’au retour
à ta chère rivière.
Ta voix retrouvée
dans une sagesse transparente.

Chloe Douglas, 2014

Pour Tous


Je suis
Tu es
En vie
Nous vivons
Dieu merci !

Nous aimons
Et Nous réfléchissons
Proche à l’arbre
de nos familles.
L’écorce est remplie
de mots et de lettres.

Aujourd’hui
L’eau salée-amère
éclabousse la feuille de colère
avant que l’encre sèche

Et sans alarme de l’arme
les crayons
sont brisés en lambeaux

Ne donner pas d’hystérie
A l’assassin,
Il ne comprend pas le refrain.

Il ne reste que
larmes silencieuses
Droit d’écrire, droit de lire
Dieu Merci !
Qui aura le dernier rire ?

Chloe Douglas, 11 janvier 2015

Dans un coin de ma ville


Dans un coin de ma ville
sont posés 4 géants
un peu comme un milieu, une île,
une fontaine aux éléphants

Dans un coin de ma ville
on entend carillonner
souvent, alors on cherche asile
pour apprécier le temps

Dans un coin de ma ville
est une grande place allongée
ou les gens marchent, badinent
Hiver, été, le coeur léger

Dans un coin de ma ville
coin qui n’existe pas encore
j’aime à l’imaginer fragile
et doux comme un trésor

Elodie Santos, 2015

Petit poème pour dire


Je veux dire à la Lune que le ciel n’est plus bleu
Je veux dire aux oiseaux que leurs ailes sont ivresse
Je veux dire à mon âme que l’Amour est si près de nous
Je veux dire à la Vie qu’elle se partage en deux
Enfin je voudrais dire au monde
Ce petit poème est-il Dieu ?

Elodie Santos, 2014

Les fleurs reviendront


Le printemps est loin, si loin
Les champs sont roses sombres
Dans le fil d’une pensée morbide fluide
Le vieil homme crache, crapote
Comme un cochon il se fera abattre
Le lampadaire tremble dans la nuit effervescente
Les gens crient que c’est la fin du monde
Puis rient car tout n’est pas encore fini
Les fleurs et les odeurs reviendront
C’est sûr
Et on y sera, ou pas

Jules Delavigne, 2010

Angle mort


il déboule dans ses pensées
désir somptueux
mémoire physique

elle entre dans la chambre
draps froissés
elle regarde les étagères
livres décadents
fleurs flétries
bibelots ébréchés

la passion dégouline
le miroir ricane
de loin

la violence du regard se pose sur ses mains

elle a peur
de lui
d’une vérité qui éclate sous ses yeux

elle a compris

la trahison la blesse
une larme coule
elle a vu l’étranger
de demain

Sybille Rembard, 2011

Inégalité du superflu


Tourbillons de désirs
paramétrant notre bonheur décadent

Humanité arythmique

Possessions

Éblouis par la lumière
les ectoplasmes en transhumance
se laissent guillotiner
par l’orgasme matérialiste

Troupeau malade de richesse
Petit Chaperon Rouge éphémère
de notre société putréfiée
Le Loup jubile
dévore ta cervelle
se régénère à la fontaine des pulsions mondaines

Je ne participe pas au suicide collectif

Je vais m’envoler sur une étoile
apaisée sous la luciole de mes rêves

Sybille Rembard, 2013

Fuite


Et Je me suis enfui
Je suis devenu Sphinx
Et mille ans sont passés
au doux son de Syrinx

Et Je me suis enfui
J’ai acosté à Tyr
Et quand le soleil fût
je ressortis ma Lyre

Et je me suis enfui
Et coupait au silex
Je m’enivrai la nuit
des horizons convexes

Et je me suis enfui
Pour ne jamais revoir
l’Aube

Winston Perez, 2013

Roulette Russe


Nous nous promenons dans notre éternelle solitude
une aiguille pour balancier

de loin, la silhouette du hasard
nous épie

le rideau se tisse
un soupir après l’autre

notre histoire glisse
se dissout
tombe

Nous nous acheminons
drogués vers la lumière
le corps tiède

l’archet frémissant
sur le fil d’une inénarrable tendresse

Sybille Rembard

Prison fleurie


cellule sans fenêtres
pluie battante
elle entend ses pensées
les voix du monde

dehors
elle imagine ses enfants
elle les berce

le zèle des hommes
les lois archaïques
l’ont violée
ont pillé son innocence

crime anaphorique

exaction

le temps passe emmuré
combien de jours encore
mesurant ses désirs
s’enivrant d’espoir
écachée par ces parois

elle croit
elle respire la vie
étreinte de désir
elle reviendra
libre sous les caresses du soleil

Sybille Rembard, Beauté Fractionnée, 2002