Angle mort


il déboule dans ses pensées
désir somptueux
mémoire physique

elle entre dans la chambre
draps froissés
elle regarde les étagères
livres décadents
fleurs flétries
bibelots ébréchés

la passion dégouline
le miroir ricane
de loin

la violence du regard se pose sur ses mains

elle a peur
de lui
d’une vérité qui éclate sous ses yeux

elle a compris

la trahison la blesse
une larme coule
elle a vu l’étranger
de demain

Sybille Rembard, 2011

Inégalité du superflu


Tourbillons de désirs
paramétrant notre bonheur décadent

Humanité arythmique

Possessions

Éblouis par la lumière
les ectoplasmes en transhumance
se laissent guillotiner
par l’orgasme matérialiste

Troupeau malade de richesse
Petit Chaperon Rouge éphémère
de notre société putréfiée
Le Loup jubile
dévore ta cervelle
se régénère à la fontaine des pulsions mondaines

Je ne participe pas au suicide collectif

Je vais m’envoler sur une étoile
apaisée sous la luciole de mes rêves

Sybille Rembard, 2013

Fuite


Et Je me suis enfui
Je suis devenu Sphinx
Et mille ans sont passés
au doux son de Syrinx

Et Je me suis enfui
J’ai acosté à Tyr
Et quand le soleil fût
je ressortis ma Lyre

Et je me suis enfui
Et coupait au silex
Je m’enivrai la nuit
des horizons convexes

Et je me suis enfui
Pour ne jamais revoir
l’Aube

Winston Perez, 2013

Roulette Russe


Nous nous promenons dans notre éternelle solitude
une aiguille pour balancier

de loin, la silhouette du hasard
nous épie

le rideau se tisse
un soupir après l’autre

notre histoire glisse
se dissout
tombe

Nous nous acheminons
drogués vers la lumière
le corps tiède

l’archet frémissant
sur le fil d’une inénarrable tendresse

Sybille Rembard

Prison fleurie


cellule sans fenêtres
pluie battante
elle entend ses pensées
les voix du monde

dehors
elle imagine ses enfants
elle les berce

le zèle des hommes
les lois archaïques
l’ont violée
ont pillé son innocence

crime anaphorique

exaction

le temps passe emmuré
combien de jours encore
mesurant ses désirs
s’enivrant d’espoir
écachée par ces parois

elle croit
elle respire la vie
étreinte de désir
elle reviendra
libre sous les caresses du soleil

Sybille Rembard, Beauté Fractionnée, 2002

Comprendre


Ecrire un poème c’est
comprendre le jour
comprendre la nuit
comprendre l’amour

Comme une fleur qui s’est fanée
J’ai oublié la belle histoire
qu’on me racontait quand j’étais petite
Une histoire simple
Une histoire bleue

Comme le vent qui s’est mis à souffler
j’ai volé à toute vitesse
Par dessus la prairie
Par dessus la maison

Comme la vie qui ainsi continue
Je continue de croire
Qu’il faut
Comprendre

Elodie Santos, 2011

Solstice


Hier
J’ai vu mon cœur dans un trou noir
J’ai souri

aux voix enflammées
aux bribes de paroles
ridées par les griffes du destin

J’ai rêvé perchée sur une étoile
J’ai vu les arbres engloutir les villes
J’ai regardé mes enfants faner

La vie me chante une berceuse
parfumée

Recroquevillée dans mon bouclier
je suis prête pour le jugement final
fusillée par une pluie de pétales

Il ne me reste que ton amour
tendre et sacré
prière féconde
Aujourd’hui

Sybille Rembard, 2012

Bonheur homothétique


L’aboutissement empirique de notre vertu
n’est qu’une destinée
harmonie entre le moi et les autres
La morale laissée seule virevolte sur son destin
La plénitude de notre essence se peint
fidèle à sa propre image
sans synonymes
sans cage
soudainement réveillée
émerveillée
fustigée par la fureur du verbe
Le plaisir coule et découle de la chair
Il est là, il faut juste le vendanger
Image raisonnée ou raisonnement imagé
Soliloques

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Expériences


Je marchais seul
par dessus les étoiles
et crachais le feu
que les hommes pleurent encore

Je vivais comme un Etre
démuni d’espérance
et soufflait dans le vide
jusqu’à ne plus souffrir

J’éprouvais tous les maux
comme on aime les autres
et soulevait l’Ordalie
sur un Géant d’Acier

Je dormais sans dormir
dans les limbes d’antan
et voyageait sans vivre
au firmament d’un corps

Je parlais mille langues
inconnues et immondes
et me réveillait nu
au milieu de l’Aurore

J’avais encore espoir
que le temps m’abandonne
et voulais terminer
avec l’infiniment perdu

Winston Perez

Rencontres


rituels embellissant
notre vie bleue ardoise

errance à travers la ville

la foule nous berce
le verbe nous allaite

magie d’une histoire
ordinaire

un chapitre béni est gravé
un musicien joue du piano
le colombophile respecté
écrit son roman de gestes simples
l’ange éphémère
annule l’hypocrisie de ses congénères
son parchemin reflète son âme
extraordinaire

alchimie des mots,
tu nous fais gagner la bataille
à la croisée des différences

Sybille Rembard, 2012

Elasticité temporelle


voix inchangées
c’était hier
le jour avant celui qui le précède
pourtant
l’eau a coulé sous les ponts
c’est comme ça que l’on dit ?
elles se sont parlé
comme si le temps s’était figé
jadis
elle a toujours cette boucle d’oreille
en argent
donnée par une main d’adolescente
elle l’a conservée dans un écrin
brindille d’un parcours de vie
couleur de sa jeunesse
étourdie
de plaisirs partagés
de dialogues révélateurs
de conquêtes
le temps est élastique
il passe et il revient
immuable
à la pureté des gens qui l’ont nourri

Sybille Rembard, 2012

Le musicien


Tintement assoiffé de vie
s’atomisant à l’aurore de l’année

La prison s’est ouverte
Le bécotement solitaire est terminé
Ton flanc bleu respire la liberté

Quelques clochettes bourdonnent
Le carillon grelotte
Le miroir te cherche
Le sol t’accueille
figé
glacial

Marcel

Le trou est creusé
La loge est vide

Sous une douleur marmoréenne
la musique ruisselle
éloignée

Sybille Rembard, 2012