Poetica, des poèmes d’avenir, du présent, du passé...


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Sélection : poèmes à la une

Glaciers

Christian Mégrelis
Lucien Poignant, Le lac Long et le Roc Noir, Col de la Vanoise, 1937
Lucien Poignant, Le lac Long et le Roc Noir, Col de la Vanoise, 1937

Glaciers des temps anciens qui veillez sur les plaines
Verdissants déversoirs à l’aurore des beaux jours
Sentinelles immobiles et qui donnèrent toujours
Au torrent bouillonnant sa glaciale haleine

Glaciers des temps anciens, vos histoires sont pleines
De victoires ! Des hommes à jamais l’inutile séjour
Vous avez châtié les rêveurs d’alentour
Qui voulaient violer vos blancheurs hautaines.

Mais les temps ont passé et l’espèce tyran
Après avoir conquis la terre et l’outre-ciel
A parsemé l’espace de poisons en surplus.

Et vous pleurez glaciers, et vos larmes en torrents
Gardent la fierté des neiges éternelles
Qui bientôt ne seront plus.

Christian Mégrelis
La Vanoise
Juillet 2005

Sélection : poèmes à la une

Amandine

Villebramar

De toi je connais le regard qu’avait ta mère quand elle te portait
Heureux et tendre, et des cernes bleutés
Sous les yeux
J’ai su qu’elle t’avait conçue
A la plénitude des seins, à la rondeur du ventre
A la nouvelle lumière de son visage

Alors nous t’avons donné un nom : Amandine

Pour que tu vives avec nous aussi longtemps que nous-mêmes
Plus longtemps certes que ta courte vie
Plus longtemps que nous-mêmes les fruits de l’amour étant de toute éternité

Nous murmurons ton nom, et nous cachant du monde nous t’appelons afin que nul n’entende
N’ayant connu de toi ni ton visage, ni tes yeux, changent ils aussi selon la lumière du jour ?
Ne connaissant de toi que le regard que tu donnas à ta mère te portant, heureux et tendre avec des cernes bleutés sous les yeux,

Que la rondeur douce de son ventre quand tu t’y blottissais, la plénitude de ses seins dans l’attente de tes lèvres

De toi ne connaissant que ton nom,

Amandine

Villebramar

Sélection : poèmes à la une

La jeune fille

Amable Tastu

Qu’elle est gracieuse et belle !
Est-il rien d’aussi beau qu’elle ?

Me diras-tu, matelot,
Sur ta galère fidèle,
Si la galère, ou le flot,
Ou l’étoile est aussi belle ?

Me diras-tu, chevalier,
Toi dont l’épée étincelle,
Si l’épée, ou le coursier,
Ou la guerre est aussi belle ?

Me diras-tu, pastoureau,
En paissant l’agneau qui bêle,
Si la montagne, ou l’agneau,
Ou la plaine est aussi belle ?

Qu’elle est gracieuse et belle !
Est-il rien d’aussi beau qu’elle ?

Amable Tastu, Poésies nouvelles, 1835

Sélection : poèmes à la une

Parti

Guillaume de Lacoste Lareymondie

Perdue dans l’embrasure où la porte t’enferme,
Tes yeux sillaient de joie et ta bouche pleurait.
J’attendais, je partais, tout indécis et ferme,
Mais saisi par ton cœur que j’allais emporter.

J’ai ce cœur aujourd’hui
Qui bat mon cœur meurtri.
Mais que ne suis-je mort, mort plutôt que parti !

Guillaume de Lacoste Lareymondie

Sélection : poèmes à la une

Es-tu heureuse ?

Sybille Rembard

Partition de musique
Aux rimes ténébreuses
J’ai noté une sublime apparition
Quand je t’ai vue rythmée
Dans le soleil éclipsé
Derrière le cerisier de mon jardin
Arbre
Magie d’une vie
Séquence
Je suis heureuse
Rien d’autre ne pourrait être
Sinon l’infini de la non-existence.
Oui

Sybille Rembard, 2008

Sélection : poèmes à la une

Le Vieux Chat et la Jeune Souris

Jean de La Fontaine

Une jeune Souris, de peu d’expérience,
Crut fléchir un vieux Chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis :
« Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerais-je, à votre avis,
L’hôte et l’hôtesse, et tout leur monde ?
D’un grain de blé je me nourris :
Une noix me rend toute ronde.
À présent je suis maigre ; attendez quelque temps :
Réservez ce repas à messieurs vos enfants. »
Ainsi parlait au Chat la Souris attrapée.
L’autre lui dit : « Tu t’es trompée :
Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner ? cela n’arrive guères.
Selon ces lois, descends là-bas,
Meurs, et va-t’en, tout de ce pas,
Haranguer les soeurs filandières :
Mes enfants trouveront assez d’autres repas. »
Il tint parole. Et pour ma fable
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir :
La vieillesse est impitoyable.

Jean de La Fontaine, Les Fables, XII

Sélection : poèmes à la une

Vérité éphémère

Jules Delavigne

Ta créativité est ton essence
Même si tu ne le sais pas
Pour ce que tu fais, tes proches te flattent
Des fois ils te rabaissent, des fois c’est l’indifférence
Tu comprends, mais tu ne les comprends pas
Leur objectivité est-elle ternie par amour, amitié, jalousie ?
Tu te dis que ce n’est pas de leur faute
Tu as surement raison
Mais toi, tu cherches la vérité
Ces sages autour ne t’aident guère
Et la vérité ne vient pas de toi tout seul
Pourtant tu as de la chance
Des autres te regardent aussi
Et ceux-là tu ne les connais pas

Jules Delavigne, Conclusions, 2008

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Araignée

Kamal Zerdoumi

Tisse ta toile
soleil
dans les branches
de notre nuit
fais naître ta broderie
pour que des nuances
d’arc-en-ciel
y scintillent
après la pluie
Le jardin nous accueillera
avec ses fleurs
à l’âme vermeille
quand sonnera pour lui seul
l’heure où paraît
la merveille
l’homme enfin réconcilié
avec ses frères

Kamal Zerdoumi, 2020

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Je prendrai par la main les deux petits enfants

Victor Hugo

Je prendrai par la main les deux petits enfants ;
J’aime les bois où sont les chevreuils et les faons,
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l’ombre effrayés par les branches ;
Car les fauves sont pleins d’une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur fait peur.
Les arbres ont cela de profond qu’ils vous montrent
Que l’éden seul est vrai, que les coeurs s’y rencontrent,
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain ;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C’est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J’entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche
Que mènent les enfants, je réglerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
Ô vaste apaisement des forêts ! ô murmures !
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père, 1877

Sélection : poèmes à la une

Le chemin de l’amour

Sabine Sicaud

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d’accent, de coeur et d’âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m’as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t’avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu’oserait le ciel contre nous maintenant ?

Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958 (Recueil posthume)