Poetica c'est des poèmes d’avenir, du présent, du passé...


Nous classons les poésies par thème et par auteur. Utilisez les menus pour trouver des poèmes qui vous intéressent.
Sélection : poèmes à la une

Sur la vitre

Pierre Bonnard, Femme devant la fenêtre, 1906
Pierre Bonnard, Femme devant la fenêtre, 1906


« mon sort, c’est un ciel qu’un rideau m’empêche de voir » *

Sur la vitre, tombe la pluie, si fine,
d’un ciel tout gris, d’un jour si court, d’un amour si fragile

Si nous partions, amie amour, pour un voyage,
pour revivre,
revivre et nous aimer,
nous aimer autrement d’amour

attendre, et espérer
le retour des oiseaux de jour,
non ceux de nuit.

Plage.
Le sable est blanc de notre longue plage.
Là est l’église, où jamais ne dîmes de prière

Prière.
Le jour bleu et les oiseaux, lassés de remonter le Nord

Voyage,
sans retour, et l’improbable espoir,
vivre, seulement vivre

du ciel tout gris, du jour si court, d’un amour si fragile

« mon amant est simple
un homme simple que j’ai caché
comme la dernière trace d’une religion obscure
dans le maquis de mes seins
 » *

Villebramar, 2017

* Citations de Forough Farrokhzad

Sélection : poèmes à la une

Marcheurs

Être aussi discret
que le coeur
Chaque pas est une pulsation
dans les ténèbres
de l’existence
Sans savoir l’on avance
sous l’immense page du ciel
où se défont nuages et signes
Comme eux
nous sommes sans âge
comme eux
nous sommes changeants
comme eux nous disparaissons
pour réapparaître ici
ou ailleurs

Kamal Zerdoumi

Sélection : poèmes à la une

A

Tu m’as offert ta liberté,
Je me suis livré à toi.
Tu m’as donné ton coeur,
Je t’ai ouvert le mien.
Tu m’as offert ton corps,
Je t’ai enlacé.
Tu as dévoilé ton âme,
je t’ai accueilli.
Ton toi résonne en moi,
Comme une partition de vie à écrire
À quatre mains, à deux êtres, à tue-tête…
Je t’aime !

Laetitia Sioen

Sélection : poèmes à la une

Le vent d’automne

Comme je l’aime le vent d’automne
quand je l’entends à ma fenêtre
Et qu’il sonne

Comme je l’aime le vent d’automne
quand il caresse ma cheminée
Et qu’il ramone

Comme je l’aime le vent d’automne
quand il s’arrête d’un coup
Et puis résonne

Comme je l’aime le vent d’automne
qui m’amène un peu l’hiver
Mais je lui pardonne

Comme je l’aime le vent d’automne
quand je suis dans mon lit
Et que je m’abandonne

Elodie Santos, 2017

Sélection : poèmes à la une

Montagne aride

Rêverie enneigée par le rythme du soleil
cime solitaire transperçant les étoiles

Au sommet
la peau frémit
les jambes vacillent
l’âme décrit un cercle enrubanné

Le randonneur puise sa puissance dans l’impuissance
les dernières neiges capturent les regards
Il a envie de prier les dieux de la Victoire

Il s’éveille

l’eau coule comme lave transparente
le glacier fond
la chaleur pirate son cœur asséché
la glace n’est plus

une larme ruisselle au creux de la montagne
assoiffée à jamais

Sybille Rembard, 2017

Sélection : poèmes à la une

Les soirs orange

En bas, il y a une jolie mésange
Avec un ver en bec ; la voici qui le mange
Dans l’air bleu. Les fantômes blancs sonnent de sons
Lumineux ; la sombre complainte des bassons

Ensoleille les murs, égaye les maisons.
Avec ce son résonne le ban des vendanges ;
La terre est colorée et nos soirs sont orange,
L’astrée tourbillonne au goulot des oraisons.

Ces territoires peints m’emporteront en eux,
La marée des couleurs s’accrochera aux nœuds
Des arbres, des épis, des mains des paysans.

Je contemplerai l’air, et je verrai bien loin.
Au gré du paysage en me dépaysant,
J’irai, et reviendrai poèmes à la main.

Thibault Desbordes

Sélection : poèmes à la une

Automne

Vois ce fruit, chaque jour plus tiède et plus vermeil,
Se gonfler doucement aux regards du soleil !
Sa sève, à chaque instant plus riche et plus féconde,
L’emplit, on le dirait, de volupté profonde.

Sous les feux d’un soleil invisible et puissant,
Notre coeur est semblable à ce fruit mûrissant.
De sucs plus abondants chaque jour il enivre,
Et, maintenant mûri, il est heureux de vivre.

L’automne vient : le fruit se vide et va tomber,
Mais sa gaine est vivante et demande à germer.
L’âge arrive, le coeur se referme en silence,
Mais, pour l’été promis, il garde sa semence.

Ondine Valmore

Sélection : poèmes à la une

L’automne

De boue le chemin est devenu.
Les arbres encore vivement vêtus.
La pluie récente parfume l’air.
Un million de feuilles se couchent par terre.

A la descente de la brume,
le bois secret s’allume.
L’enchantement est divin,
le temps n’a plus de fin.

Errer dans le bois,
voler du passé,
ramasser du thym
gentiment faire du thé.

Rarement le silence reste
dans ce ruisseau fascinant.
Caresser tout le savoir
dans les bras de maintenant.

Chloe Douglas, 1991

Sélection : poèmes à la une

Les enfants à venir…

Dites-moi, professeurs et maîtres de savoir,
Patentés et laïcs, jongleurs fous de programmes,
Etes-vous ignorants du complot qui se trame
Contre l’humanité de l’homme et son pouvoir ?

Quelles valeurs et qualités font notre gloire ?
Les paravents du siècle ont jaspé nos neurones
Mais le coeur se grisaille : en ces cités atones
Se crache une douleur sans espoir ni mémoire,

Violente et creusant nos puits d’intolérance.
Dites bien aux enfants le lieu de leur naissance :
La Terre… Ils sauront tôt – n’en déplaise aux pillards –

Qu’un si rare berceau peut devenir tombeau ;
Les enfants à venir seront privés d’oiseaux
Si l’on n’arrête pas cette ignoble fanfare…

Patrice Cosnuau

Sélection : poèmes à la une

Les fleurs reviendront

Le printemps est loin, si loin
Les champs sont roses sombres
Dans le fil d’une pensée morbide fluide
Le vieil homme crache, crapote
Comme un cochon il se fera abattre
Le lampadaire tremble dans la nuit effervescente
Les gens crient que c’est la fin du monde
Puis rient car tout n’est pas encore fini
Les fleurs et les odeurs reviendront
C’est sûr
Et on y sera, ou pas

Jules Delavigne, 2010

Sélection : poèmes à la une

Feuilles volantes

Le ciel se fait lourd quand râlent les pupitres
Annonçant dans la cour un vide insoutenable
Et le cœur enchaîné, sous la coiffe du pitre,
S’entrechoque aux paroles de maîtres de sérénades.

Les rêveries s’élèvent et frôlent l’amertume
Des sombres feuilles folles qui tangent en narguant
Les évadés punis, aux mains griffées de plumes
Dont leur omniprésence n’en fait que des absents.

Quand grincent les miroirs aux couleurs de la nuit,
Annonçant la tempête au fond des encriers,
Une larme de pluie se transforme en l’ennui
D’une vie qui s’achève dès la fin de l’été.

Isaac Lerutan, 2011