Poetica, des poèmes d’avenir, du présent, du passé...


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Sélection : poèmes à la une

Change

Kamal Zerdoumi
Wassily Kandinsky, Composition VIII, 1923
Wassily Kandinsky, Composition VIII, 1923

Pour être la vie et la mort
pour rire des coups du sort
pour être les quatre saisons
pour être sans rime
ni raison
change

Pour ne ressembler à personne
pour être le cosmos
dans un atome
pour être la femme et l’homme
change

Pour rendre envieuses les statues
pour narguer le temps
qui te tue
pour aimer ce qui s’écoule
pour être cette pierre
qui sans cesse roule
change

Kamal Zerdoumi, 2019

Sélection : poèmes à la une

Au temps de la Toussaint

Isabelle Callis-Sabot

Au temps de la Toussaint, lorsque les cimetières
S’ornent de cyclamens, de buis ou de bruyères,
Et qu’ainsi embellis d’éphémères bouquets,
Ils donnent à la mort comme un air de gaieté ;

Lorsqu’auprès des caveaux, des tombes familiales
Joliment imprégnés de clartés automnales,
L’on revient, chaque année, prier, se recueillir…
Je sens de grands remords m’étreindre et m’envahir.

Quelque part tu attends, en un lieu insolite,
Esseulée, loin des tiens, sans jamais de visite.
Et pour le Souvenir, toi qui aimais les fleurs,
Vois-tu je n’ai rien d’autre à t’offrir que mes pleurs.

Isabelle Callis-Sabot

Sélection : poèmes à la une

Parfum

Villebramar

Je regarde des photos de celles que j’ai aimées.
Vous ne les trouverez dans aucun album, je les vois, pourtant, dans la forêt sombre de ma mémoire.

Comme elles se ressemblent !
Visage ovale, très fin, regard très doux, sont-elles une ?
Est-elle plusieurs ?

Je regarde les photos de celles qui m’ont aimé.
Un jour ou mille nuits ; une vie, ma vie avant, ma vie après, avant qui ? après qui ?
Toutes semblables, et toutes différentes, une et plusieurs, pour une vie.

Je recherche dans mes cahiers des notes sur celles que j’ai aimées, qui m’ont aimé.
Pas forcément les mêmes ; pays à multiples provinces ; plaine et coteaux, brouillards et grands soleils. Une ou plusieurs ?

Je retrouve dans mes valises des lettres manuscrites qui disent des bonheurs simples.
Des malheurs simples.

Visage ovale, regard très doux ; comme un parfum qui dure.

Villebramar, 2019

Sélection : poèmes à la une

À maman

Sybille Rembard

Je suis là, maman
cachée au fond de tes entrailles
mes cellules vibrent
ton cœur bat fort
je sens la chaleur de ta voix
elle me caresse déjà

Tu es la magie du monde
Je ne suis pas encore
pourtant je t’aime déjà

Je suis un cerf volant
emmailloté dans tes bras
Le cerf volant du Paradis
sans âge

Les cloches sonnent

Je suis là, maman
j’arrive
un bouquet parfumé dans mes pensées

Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002

Ce texte fait partie de notre collection « Poèmes pour la fête des mères »

Sélection : poèmes à la une

Enfance

Guillaume Apollinaire

Au jardin des cyprès je filais en rêvant,
Suivant longtemps des yeux les flocons que le vent
Prenait à ma quenouille, ou bien par les allées
Jusqu’au bassin mourant que pleurent les saulaies
Je marchais à pas lents, m’arrêtant aux jasmins,
Me grisant du parfum des lys, tendant les mains
Vers les iris fées gardés par les grenouilles.
Et pour moi les cyprès n’étaient que des quenouilles,
Et mon jardin, un monde où je vivais exprès
Pour y filer un jour les éternels cyprès.

Guillaume Apollinaire

Sélection : poèmes à la une

Terminus

Alix Lerman Enriquez

J’ai pris un train en sens inverse.
La voie était semée de roses
et de ronces blessées.
Les rails recouverts
de charbons bleus métalliques.

Le ciel lourd de promesses
non tenues, de rêves déchus, diffus,
de désillusions tues, de séparations.

Et sous la désolation de ce jour gris,
je regardais, égarée, mon corps
scarifié de silence et de nuit.

Le trajet était long,
sans précise destination,
comme dans un train fantôme
effaré de solitude crue, atone
au parfum déjà suri
de cendre et de suie.
Au terminus, j’ai respiré
un arôme de mort et de pluie.

Alix Lerman Enriquez, 2018

Sélection : poèmes à la une

Qui suis-je ?

Antonin Artaud

Qui suis-je ?
D’où je viens ?
Je suis Antonin Artaud
et que je le dise
comme je sais le dire
immédiatement
vous verrez mon corps actuel
voler en éclats
et se ramasser
sous dix mille aspects
notoires
un corps neuf
où vous ne pourrez
plus jamais
m’oublier.

Antonin Artaud

Sélection : poèmes à la une

Lettre d’un soldat

Sandrine Davin

Sur un sol nauséabond
Je t’écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t’en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil toujours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d’une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd’hui, je le maudis.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Mes paupières se font lourdes
Le marchand de sable va passer
Et mes oreilles sont sourdes
Je tire un trait sur le passé.

Mais je vais bien, ne t’en fais pas…

Sur un sol nauséabond
J’ai écrit ces quelques mots
Je sais qu’ils te parviendront
Pour t’annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t’en fais pas …

Sandrine Davin

Sélection : poèmes à la une

Ma couronne

Rhita Benjelloun

Brave homme à l’allure très sage
Amplement actif malgré ton âge
Tant de sacrifice, tant de courage
Pour le bien-être de ton petit entourage

Tu fus pour moi l’exemple à suivre
J’imitais tes gestes, tes paroles et même tes rires
Mon idole, ainsi je te nomme
L’homme à qui je porte un amour hors norme

La jouvencelle que je suis, à toi je te la dois
Tu nous as toujours procuré la gaieté, l’amour et la joie
Père tu es mon idéal, tu es ma voie

Rhita Benjelloun

Ce texte fait partie de notre collection « Poèmes pour la fête des pères »