Poetica, des poèmes d’avenir, du présent, du passé...


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Sélection : poèmes à la une

Azovstal

Kamal Zerdoumi
Sebastian Abbo, Freedom for Ukraine, 2022
Sebastian Abbo, Liberté pour l’Ukraine, 2022. Gravure édition limitée disponible dans notre Galerie d’Art


Ils attendent à la surface
ces héros au cœur de glace
que sous l’immense usine
au royaume de Proserpine
cette déesse de la mort
leurs victimes
s’entredévorent
L’ordre venu du Kremlin
a chargé la soif et la faim
de mettre un terme à la résistance
Que dire alors
de cette impuissance
qui transforme le monde en spectateur
de ce scénario de l’horreur ?
Que dire de l’épouvantail nucléaire
qui éloigne la conscience universelle
et l’oblige à se taire ?

Kamal Zerdoumi, 2022

Sélection : poèmes à la une

La blanche neige

Guillaume Apollinaire

Les anges les anges dans le ciel
L’un est vêtu en officier
L’un est vêtu en cuisinier
Et les autres chantent

Bel officier couleur du ciel
Le doux printemps longtemps après Noël
Te médaillera d’un beau soleil
D’un beau soleil

Le cuisinier plume les oies
Ah! tombe neige
Tombe et que n’ai-je
Ma bien-aimée entre mes bras

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Sélection : poèmes à la une

Nativité

Sybille Rembard

Recroquevillé au fond de l’utérus
Il appréhendait le monde
Le petit cœur tambourinait
au rythme endiablé des printemps qui l’attendaient

Il n’a pas eu peur,
petit bébé,
l’amour le désirait

Il a laissé la musique construire son âme
Il a laissé les bruits
les pas
les voix
le façonner

Il est sorti en guerrier
Sourire aux lèvres

Sybille Rembard, 2018

Sélection : poèmes à la une

Chemins du Nord

Sabine Sicaud

Lorsque « je pâlissais au nom de Vancouver »
et que j’étais du Nord
trop de froid traversait ma pelisse d’hiver
et mon bonnet de bêtes mortes.
Mes frères chassaient les oursons
jusqu’au fond des grottes de fées ;
du sang parlait sous leurs trophées,
les Tomtes se cachaient, le vent hurlait aux portes
et la glace barrait les fjords
lorsque j’étais du Nord.
Murs blancs du froid, prison.
Je ne voyais jamais passer Nils Holgersson.

Selma, Selma, pourquoi m’aviez-vous oubliée ?
Il fallait naître à Morbacka, le jour de Pâques.
Je savais bien pourtant que j’étais conviée…

Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958 (Recueil posthume)

Sélection : poèmes à la une

Avenir mort du monde

Bertrand Naivin

Ils déambulent l’avenir en berne
Vêtus de notre enfance morte-
Vivante
Zombi
Esclave de notre envie
De puissance
Et de règne
Puis perdus sous nos frusques
Rajeunis
Par une société sans rêves
Ils s’échouent pour se jeter
Dans leurs algorithmes amis
Heureux
Rassurés
De se croire appartenir
Au nouveau monde déjà mort

Bertrand Naivin, 2021

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En hiver

Emile Verhaeren

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
Des coussinets de laine irisés de lumières.

Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,
A travers le désert des silences dolents,
Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents
Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,
Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,
On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,
Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin
Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

Emile Verhaeren

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Dans un coin de ma ville

Elodie Santos

Dans un coin de ma ville
sont posés 4 géants
un peu comme un milieu, une île,
une fontaine aux éléphants

Dans un coin de ma ville
on entend carillonner
souvent, alors on cherche asile
pour apprécier le temps

Dans un coin de ma ville
est une grande place allongée
ou les gens marchent, badinent
Hiver, été, le coeur léger

Dans un coin de ma ville
coin qui n’existe pas encore
j’aime à l’imaginer fragile
et doux comme un trésor

Elodie Santos, 2015

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L’Hiver

Théodore de Banville

Au bois de Boulogne, l’Hiver,
La terre a son manteau de neige.
Mille Iris, qui tendent leur piège,
Y passent comme un vif éclair.

Toutes, sous le ciel gris et clair,
Nous chantent le même solfège ;
Au bois de Boulogne, l’Hiver,
La terre a son manteau de neige.

Toutes les blancheurs de la chair
Y passent, radieux cortège ;
Les Antiopes de Corrège
S’habillent de martre et de vair
Au bois de Boulogne, l’Hiver.

Théodore de Banville

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L’exil des langueurs

Ephraïm Jouy

J’ai perdu le jour
Dans l’exil des langueurs
Un entracte chaotique
Sur les leurres de ton coeur
Des mystères profanés
De brumes en abîmes
Un baiser que je pose à la dérive
Comme une ombre mise au monde
Dans l’asile sourd de ton âme indécise

Ephraïm Jouy

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Beau soir d’hiver

Jules Breton

La neige – le pays en est tout recouvert –
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l’horizon désert,
Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,
Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

A l’Occident s’endort le radieux soleil,
Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille à son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.

Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.
L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.

Jules Breton
Les champs et la mer, 1883