A une passante

Charles Baudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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83 commentaires sur “A une passante”

  1. Flavya

    dit :

    Quel grand homme .. quel talent ! Un de mes préférés ce poème-là, Baudelaire c’est juste LA référence en matière de poésie, je l’admire. <3

  2. breil

    dit :

    quel « flash » !

  3. Ahmed HILALY

    dit :

    Baudelaire l’incontestable; merci pour ses efforts admin.

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