A une passante

Charles Baudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles Baudelaire

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33 commentaires sur “A une passante”

  1. Harmony

    dit :

    Ce poème est magnifique. Il nous apprend beaucoup. Je le relis chaque jour.

  2. Kléber

    dit :

    Ce poème nous offre une vision du monde plus qu’étonnante. Cela me rappelle lorsque j’abordais cette femme d’une beauté époustouflante sans voir que c’était ma mère. Sacré soirée.

  3. H.N

    dit :

    C’est seulement en l’étudiant avec des élèves que je me suis rendu compte qu’on retrouvait (avec la diérèse) « tueuse » dans les deux mots à la rime : majes-tueuse / fas-tueuse, « tue » dans la seconde strophe… Ce qui colle bien avec le portrait de la femme… C’est un génie pour cacher de petits éléments comme ça !

  4. sorlin

    dit :

    « toute ma vie est là » aurait dit Cyrano. Miracle et mystère insondable du poème qui en disant l’indicible, parvient à saisir l’insaisissable de ces quelques secondes d’éternité que compte une vie humaine. Bien au delà du « souvenir », des « images », c’est parce qu’il nous « saisit » au sens littéral du terme, par nos sens qu’il nous fait vraiment REVIVRE à chaque lecture. Comme la musique à chaque écoute, le tableau à chaque visite… L’art nous rapelle ainsi toujours à l’essentiel. C’est donc tout sauf un divertissement ! Au sens littéral, c’est même… tout le contraire…

  5. notre dame(67)

    dit :

    Pas mal

  6. chris

    dit :

    je le lirai ou plutôt je le dirai ce soir en public pour la nuit de la lecture. Ce poème, me donne à chaque fois des frissons. Sublime ! Il y a tout, du désir, de l’envie et de la tristesse de ce qui aurait pu advenir et qui ne sera pas…

  7. Jean-Marie ROUAN

    dit :

    Tant d’exquise fragilité. Après ce poème, je me sens comme un gros caillou qui tombe sur un parterre de porcelaine.

  8. Thierry MENARD

    dit :

    Personne n’a fait le parallèle avec « les passantes » , cette magnifique chanson de Brassens, qui fait la suite de ce beau poème de Baudelaire.

  9. Wyczisk

    dit :

    Si bien vu, si bien rendu

  10. Assiye Heydari

    dit :

    A mon avis, dans ce poème de Baudelaire la rue le premier élément géographique représente la conception d’un logement pour le poète : une maison où la vie quotidienne s’écoule dans un champ référentiel. Et cette passante ne me semble que sa mère si loin de poète…

  11. Arthur

    dit :

    Rien a dire. Il est parfait

  12. Birgitte Henriksen

    dit :

    J’aime bien ce magnifique poême et aussi le joli poême de Marguerite en réponse à ce de Charles Baudelaire ! ❤️

  13. Aurélien Marcadet

    dit :

    Ce poème est extrait des « Fleurs du mal ».

  14. Traore Souleymane

    dit :

    Charles Pierre Baudelaire connaissait cette femme qui passait auparavant? Puisqu’il a pu faire le portrait moral de la femme. Avant de faire le portrait de quelqu’un il faut connaître cette personne d’abord.

  15. ll

    dit :

    De quel recueil vient ce poème ?

  16. mounira

    dit :

    Trés joli poeme… J’adore

  17. leprof

    dit :

    Charles Baudelaire, une plume hermétique mais inégalable en terme de Poésie ! Pour moi, Baudelaire, lui-même, est une fleur du mal !

  18. Evan katakala

    dit :

    Ma parole; Baudelaire avait une plume surnaturelle!

  19. Djunice

    dit :

    Sublimissime! Magnifique!

  20. abdoulaye

    dit :

    Il fait parti des meilleurs poètes.

  21. ania

    dit :

    j’adore ce poeme moi aussi

  22. Juju

    dit :

    C’est simplement magnifique… et triste… Je ne me lasse pas de le lire et relire!

  23. Liloup64

    dit :

    Je trouve ce texte magnifique, de part la notion de fugacité de la femme. Très joli poème !

  24. Laura

    dit :

    Profondément passionnant dans ses vers ! Ce poème ne laisse pas de marbre.

  25. florianne

    dit :

    C’est magnifique !

  26. fabrice

    dit :

    quelle tristesse

  27. Amélie

    dit :

    Un de mes poèmes de Baudelaire préférés, qui me fait toujours songer à « Mon rêve familier » de Verlaine d’ailleurs…

  28. Anonimus

    dit :

    Belle poésie

  29. Sarah

    dit :

    Un sonnet qui exprime bien un moment marquant sur le moment, mais que l’on sait qu’il sera fugace, après…C’est là tout son talent.

  30. Marguerite

    dit :

    le silence était assourdissant,
    Je marchais l’âme dans mes pensées,
    Noir était le ciel dans mon coeur vibrant,
    l’odeur de la mort me poursuivait..

    Il pleuvait et,ma jupe trainait froissée,
    Des flaques comme des claques me mouillaient la peau,
    En relevant ma jupe ,il était là,il me regardait.
    L’inconnu debout contre l’arbre avec son chapeau.

  31. Flavya

    dit :

    Quel grand homme .. quel talent ! Un de mes préférés ce poème-là, Baudelaire c’est juste LA référence en matière de poésie, je l’admire. <3

  32. breil

    dit :

    quel « flash » !

  33. Ahmed HILALY

    dit :

    Baudelaire l’incontestable; merci pour ses efforts admin.

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