Les ménagères

Esther Granek

Au début de leur destin
c’était pourtant des filles bien.
Elles sont entrées en fonction
comme on entre en religion.
Les ménagères.

Autour d’elles elles font briller
le parquet le bois le verre
et secouent leur derrière
en mouvements bien cadencés.
Les ménagères.

Mais dans le lit conjugal
elles sont catins c’est normal.
Leur programme est bien fourni
pour le jour et pour la nuit.
Les ménagères.

Leurs proportions corporelles
s’avachissent avec les ans.
Et de leurs pauvres cervelles
on sourit depuis longtemps.
Les ménagères.

De la carne qu’elles cuisinent
elles ont bientôt pris la mine.
De la poussière qui les ceint
elles ont déjà pris le teint.
Les ménagères.

Rêvassant dans leurs torchons
elles voyagent à leur façon
et se disent qu’avec le temps
tout ira plus facilement.
Les ménagères.

Les v’là au bout du rouleau.
Elles sont usées jusqu’aux os.
Point d’statue pour les héros.
Et pour leurs droits c’est zéro.
Les ménagères.

Et c’est là leur Univers.
Mais il y a une récompense :
Grand cordon d’la Serpillière
et un coup d’pied où je pense.
Les ménagères.

Au début de leur destin
c’était pourtant des filles bien…

Esther Granek, Portraits et chansons sans retouches, 1976

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3 commentaires sur “Les ménagères”

  1. fredeval

    dit :

    Redoutable, émouvant et très bien écrit. Très puissant!

  2. ArtGoji

    dit :

    C’est un poème qui défend les droits de la femme ? Parce que bon… Difficile de comprendre. Pour moi c’est plus de la méchanceté. Je ne l’aime pas.

  3. Jouini

    dit :

    Ce poeme a eu le don de me faire sourire a 10 h du matin Le ménage attendra!!!!!!

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