Fusée-signal

Guillaume Apollinaire

Des villages flambaient dans la nuit intérieure
Une fermière conduit son auto sur une route vers Galveston
Qui a lancé cette fusée-signal

Néanmoins tu feras bien de tenir la porte ouverte
Et puis le vent scieur de long
Suscitera en toi la terreur des fantômes

Ta langue
Le poisson rouge dans le bocal
De ta voix

Mais ce regret
A peine une infirmière plus blanche que l’hiver
Éblouissant tandis qu’à l’horizon décroît
Un régiment de jours plus bleus que les collines lointaines et plus doux que ne sont les coussins de l’auto.

Guillaume Apollinaire, Nord-Sud (revue), 1917

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Un commentaire sur “Fusée-signal”

  1. Sylvain Foulquier

    dit :

    Langue (l’organe charnu ou bien la langue française, anglaise, italienne etc…) = Poisson rouge

    Voix = eau douce

    Son de cristal de la voix = Bocal

    « Ta langue / Le poisson rouge dans le bocal / De ta voix » constitue un sublime haïku d’avant-garde qui a été pour les surréalistes un modèle, une source d’inspiration.

    On ne peut que regretter l’absence de cet extraordinaire poème (l’un des plus audacieux d’Apollinaire) ou de ces trois vers dans « Alcools » ou bien « Calligrammes ».

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