Sur le quai
courent nos souvenirs
en culottes courtes
Comme nous tous
tu as quitté le port
pour la haute mer
où tu as ri
avec le soleil qui se lève
et pleuré avec le soleil
qui se couche
Ta coque a vieilli
parmi les tempêtes
et les bonaces
Comme nous tous
Puis un soir
je reçois un message
sur mon Hermès électronique
Béatrice ta soeur
m’y parle de tes funérailles
La Mort a tiré les yeux fermés
au hasard
sur une nouvelle cible
Avec elle ne serons-nous jamais
de taille ?
Que des mots sur ce champ de bataille
où l’Ennemie a un nom
face à nous
son bétail
Kamal Zerdoumi, 2019
Monsieur,
Lino était mon ami d’enfance préféré, à Casablanca. Je l’admirais. Les années ont passé. Moi, je vis à Paris. Lui vivait en Italie, près de Venise. J’avais retrouvé sa trace grâce à Facebook. Je lui avais dit que l’évocation de sa sœur Béatrice et la sienne figurait dans mon recueil « L’exil et la mémoire ». Tous deux l’ont lu.
Nous nous sommes retrouvés à Paris. Il m’avait invité à déjeuner. J’étais en compagnie de ma fille, encore enfant. Nous avions vieilli. Puis de nouveau nos chemins se sont séparés. Un jour, sa sœur, Béatrice, m’a annoncé sa mort. En réponse à cette sombre nouvelle, j’ai écrit ce poème.
J’ai le même nom que le poème, je m’appelle Lino.