Elle écarte en passant

Renée Vivien

« Her gentle feet tread down the weeds
« And give more place to flowers. »

Elle écarte en passant les ronces du chemin.
Au geste langoureux et frôleur de sa main
Éclosent blanchement les fraîches églantines…
Mais sa chair s’est blessée à tant d’âpres épines !
J’ai vu saigner ses pieds aux buissons du chemin.

Son lent sourire tombe au sein d’or des corolles.
L’évanouissement de ses vagues paroles
Mêle au soir vaporeux des rythmes envolés
Où d’anciens sanglots vibrent inconsolés…
Son lent sourire tombe au sein d’or des corolles.

Dans l’ombre de ses pas pleurent les liserons…
Le jasmin, diadème aux délicats fleurons,
Cet astre atténué, la chaste primevère,
Parent son front de vierge à la beauté sévère…
Là-bas pleurent d’amour les simples liserons.

Son être, où brûle encor l’ardeur des soifs divines,
S’est blessé trop souvent aux sauvages épines, —
J’ai vu saigner son cœur aux buissons du chemin.
Elle va gravement vers le lourd lendemain,
Inlassable et gardant l’ardeur des soifs divines…

J’ai vu saigner son cœur aux buissons du chemin.

Renée Vivien, Études et Préludes

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