Ballade de la belle Heaulmière

François Villon

Aux filles de joie.

« Or y pensez, belle Gantière,
Qui m’escolière souliez estre,
Et vous, Blanche la Savetière,
Ores est temps de vous congnoistre.
Prenez à dextre et à senestre ;
N’espargnez homme, je vous prie :
Car vieilles n’ont ne cours ne estre,
Ne que monnoye qu’on descrie.

« Et vous, la gente Saulcissière,
Qui de dancer estes adextre ;
Guillemette la Tapissière,
Ne mesprenez vers vostre maistre ;
Tous vous fauldra clorre fenestre,
Quand deviendrez vieille, flestrie ;
Plus ne servirez qu’un vieil prebstre,
Ne que monnoye qu’on descrie.

« Jehanneton la Chaperonnière,
Gardez qu’ennuy ne vous empestre ;
Katherine la Bouchière,
N’envoyez plus les hommes paistre :
Car qui belle n’est, ne perpetre
Leur bonne grace, mais leur rie.
Laide vieillesse amour n’impetre,
Ne que monnoye qu’on descrie.

ENVOI.

« Filles, veuillez vous entremettre
D’escouter pourquoy pleure et crie
C’est que ne puys remède y mettre,
Ne que monnoye qu’on descrie. »

François Villon, 1461

Imprimer ce poème

Un commentaire sur “Ballade de la belle Heaulmière”

  1. Doru Pospai

    dit :

    Quelle différence par rapport à la langue parlée aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *