Sérénade

Paul Verlaine

Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.

Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d’insomnie.

Et pour finir je dirai le baiser,
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
– Mon Ange ! – ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

 

 

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3 commentaires sur “Sérénade”

  1. pietro.roffini@yahoo.fr

    dit :

    J’adore ! Cette question est restée en suspens… 15 mois et 29 jours… et vous avez pris le soin de répondre… merci ! oh… temps, suspends ton vol ! J’adore… ni voyez aucune malice… mais de l’admiration… l’art est intemporel… n’est il pas ?.. j’adore ! Mais je me répète… prenez soin de vous…

  2. desolé du retard

    dit :

    1866

  3. le litteraire

    dit :

    Quelle date svp ?

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