Cauchemar

Paul Verlaine

J’ai vu passer dans mon rêve
– Tel l’ouragan sur la grève, –
D’une main tenant un glaive
Et de l’autre un sablier,
Ce cavalier

Des ballades d’Allemagne
Qu’à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon

Rouge-flamme et noir d’ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop ! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours ! toujours !

Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s’allume
Et s’éteint. Tel, dans la brume,
Éclate et meurt l’éclair bleu
D’une arme à feu.

Comme l’aile d’une orfraie
Qu’un subit orage effraie,
Par l’air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,

Et montrait d’un air de gloire
Un torse d’ombre et d’ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.

Paul Verlaine

 

Imprimer ce poème

6 commentaires sur “Cauchemar”

  1. FLORE DES ALPES

    dit :

    A dire à voix haute, pour la musique, et pour saisir l’humour noir de l’auteur…

  2. NoTeK

    dit :

    Excellent !!

  3. tourman

    dit :

    Le génie à l’état pur

  4. karamoko touré

    dit :

    Excellent description de l’angoisse.

  5. Liloup64

    dit :

    Ce poème est très beau. On ressent l’angoisse que le poète a voulu transmettre.
    Belle lecture !

  6. fanny

    dit :

    Beaucoup d’angoisse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *