Vénus Anadyomène

Arthur Rimbaud

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Arthur Rimbaud

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4 commentaires sur “Vénus Anadyomène”

  1. Bertrand

    dit :

    Depuis ma tendre enfance je suis très fan de Baudelaire, mais en lisant ce poème je me suis vraiment rendu compte du génie qu’il était, Rimbaud. C’est ce poème qui a provoqué le déclic en moi, c’est à partir de ce moment là que je me suis rendu compte de l’immense erreur que j’avais fait de travailler dans la télécommunication. Ma vocation, c’était d’être poète… En espérant que vous ayez compris mon désespoir et ma tristesse…

  2. Ivan

    dit :

    Très beau poème même si la fin peut paraître « sale », Rimbaud s’amuse à vouloir choquer les aristocrates de l’époque. Cassure rythmique constante afin de détruire le classicisme du sonnet. (méchant méchant)

  3. Le Marginal Magnifique

    dit :

    Ce poème, l’un des seuls de Rimbaud que je goûte un peu, me fait penser au très glauque film « Martyrs » de Pascal Laugier.

  4. Gérard1306

    dit :

    Notre idéal de jeunesse confronté à la décrépitude d’une vieille prostituée. C’est sordide. Lui est parti à trente-sept ans. Quelle désespérance !

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