La beauté

Charles Baudelaire

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, les Fleurs du mal

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11 commentaires sur “La beauté”

  1. Bal

    dit :

    Normal de se « meurtrir » à son sein puisqu’il est en pierre. Et ses yeux trop larges, comme des billes de loto ! Son immobilité, comme la mort, un squelette qui ne saurait rire ou pleurer. Vous ne voyez pas que Baudelaire se moque de la beauté : il n’a pas décrit le charme, la grâce, le sourire, toutes ces choses avec autant de force car c’est trop difficile… Reste aux poètes, aux vrais, à se dissiper en de joyeuses études !!!

  2. Audrey

    dit :

    Selon moi, ce poème recèle une énigme. J’ai l’intime conviction qu’il relate un culte voué à Isis, dans le cadre dès sociétés secrètes, occultes et ésotériques, très en vogue à Paris au XIXeme. Allusion à l’Égypte : Pierre, sphinx, fiers monuments, les miroirs utilisés dans les pyramides afin d’en éclairer le centre. Allusions à Isis : une attitude en danse classique désigne une posture en forme de double croissants jambes et bras (même forme que les ailes de Isis), Cygne = oiseau t’elle qu’est représentée Isis. Voir avec un égyptologue si Isis est associée à la lune : Isis est représentée la tête surplombée d’un soleil. « Je hais le mouvement qui déplace les lignes »> je hais la rotation du soleil qui change l’ordre des ombres projetées sur le sable. « Les poètes consumeront leurs jours en d’austères études » car étant lune je n’apparaîs que la nuit. « Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris », en effet, un astre n’a pas d’émotion. La blancheur de cygne / signe : la lune est blanche se découpant sur fond noir (nuit) à l’inverse du soleil, blanc projetant des ombres noires sur le sable (voir que les premières représentations humaines étaient le théâtre des ombres). À Approfondir !

  3. Sylvain Foulquier

    dit :

    « Je suis belle ô mortels ! comme un rêve de pierre » est sans doute l’un des vers les plus sublimes de l’oeuvre baudelairienne. Le mot « pierre » ne désigne pas (comme cela a parfois été dit) que la pierre des statues ou des temples, mais désigne aussi et surtout les pierres précieuses : le saphir (le ciel et la mer), l’émeraude (la mer verte) et le diamant (les étoiles)…

  4. YVERINHO

    dit :

    Ce poème est magnifique

  5. Clarisse

    dit :

    Ce poème est bien lyrique?

  6. Mohamed El Jerroudi

    dit :

    Beau poème…

  7. JJ Lauvernier

    dit :

    Léo Ferré à mis en musique ce poème ; trés belle mise en valeur

  8. BONEZIA

    dit :

    L’idéalisation de la Beauté platonique inspirée de Madame De Sabatier.
    Cette Muse incarnerait-elle le Divin tandis que Jeanne la mulâtresse sublimerait le Mal ?

  9. Jean-Jaque

    dit :

    Ce poème est magnifique, je suis touché par ces paroles.

  10. eipos

    dit :

    beau poème

  11. Elisa

    dit :

    Bonjour, je fais une anthologie de la Poésie sur « La femme » et je dois faire des lectures analytiques des poèmes sauf que je ne suis pas très douée… J’ai sélectionné ce poème. Pourriez-vous m’aider ? Merci !

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