Salomé

Guillaume Apollinaire

Pour que sourie encore une fois Jean-Baptiste
Sire je danserais mieux que les séraphins
Ma mère dites-moi pourquoi vous êtes triste
En robe de comtesse à côté du Dauphin

Mon cœur battait battait très fort à sa parole
Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
Et je brodais des lys sur une banderole
Destinée à flotter au bout de son bâton

Et pour qui voulez-vous qu’à présent je la brode
Son bâton refleurit sur les bords du Jourdain
Et tous les lys quand vos soldats ô roi Hérode
L’emmenèrent se sont flétris dans mon jardin

Venez tous avec moi là-bas sous les quinconces
Ne pleure pas ô joli fou du roi
Prends cette tête au lieu de ta marotte et danse
N’y touchez pas son front ma mère est déjà froid

Sire marchez devant trabants marchez derrière
Nous creuserons un trou et l’y enterrerons
Nous planterons des fleurs et danserons en rond
Jusqu’à l’heure où j’aurai perdu ma jarretière
Le roi sa tabatière
L’infante son rosaire
Le curé son bréviaire

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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3 commentaires sur “Salomé”

  1. anonyme

    dit :

    Ce poème est tellement touchant. Je le kiffe.

  2. Anonyme

    dit :

    Merci Mme Girardeau Cotard de m’avoir fait découvrir ce divin poéme.

  3. ANONYME

    dit :

    Je suis sous le charme de ce poème, les premiers vers sont touchants. On voit clairement l’injustice lorsque Salomé s’adresse à sa mère. Et puis, son côté amoureux est d’autant plus beau, ces sentiments sont beaux. Elle est prête presque au sacrifice.

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