Ballade des pendus

François Villon

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

François Villon, Poésies diverses

Imprimer ce poème

14 commentaires sur “Ballade des pendus”

  1. Phacochère KABWE

    dit :

    J’ai me souviens de ce poème que nous avons appris en 1998 .

  2. Bal

    dit :

    Je l’ai entendue dite par Reggiani. Pas mal, mais il est trop académique. Il a une voix magnifique, mais une respiration, une cadence trop prévisible. Par exemple, au début : « frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis, car, si pitié de nous pauvres avez … etc », Reggiani marque un arrêt entre endurcis et car. C’est certes écrit, mais en fait, s’il s’arrête après endurcis, on est aussi arrêté, on a compris, on s’en va (notre esprit s’en va), on part se coucher, tout semble dit, le mystère de la suite s’éloigne. Il faut enchaîner endurci et car, puis marquer un temps d’arrêt pour tenir l’auditeur en haleine. On veut savoir l’explication après le car, on revient sur le début avec l’envie de savoir la suite. On est retenu, même par notre souffle associé à celui du déclamateur, du pendu (comme s’il en avait encore un au delà de son dernier, ce qui le rend éternel). Essayer de dire le poème avec un rythme différent, votre respiration signifie tant de choses. Comme en musique, après la note, le silence est toujours de la musique, en poésie, après le mot, la respiration est toujours de la poésie…

  3. joseph

    dit :

    J’ai toujours été content et heureux de ce beau poème. Que j’ai appris en 1997 via mon prefet d’etude à l’institut Sifa à Kolwezi une ville de la province du Lwalaba en R D C.

  4. cilia

    dit :

    Moi, c’etait au lycée de Muret (31) dans les années 60… Remerciements, à titre posthume, au professeur qui a eu l’initiative de faire apprendre ce texte…intemporel.

  5. Paul Ozilou

    dit :

    Comme d’autres youtubeurs j’ai appris par cœur ce magnifique poème il y a près de 65 ans au lycée Bugeaud d’Alger. Bien que très macabre, je le trouve très beau et je peux encore le réciter sans difficulté.

  6. Paloma

    dit :

    Pour ceux que ça intéresse, je l’ai étudié au lycée il y a 4 ans, ce poème est toujours d’actualité !

  7. Guillermain

    dit :

    Moi aussi je l’ai apprise il y a 65 ans, je l’ai dit maintes fois à mes filles ! Et bientôt à mon petit fils !

  8. une ancienne

    dit :

    C’est ce que nous apprenait l’Education Nationale il y a un demi siècle. J’étais gamine et je l’ai appris par cœur.
    Quand est-il maintenant ?

  9. Strebler.annie

    dit :

    Une merveille de poèmes et un prince de la poésie.

  10. Car christian

    dit :

    Le réalisme de Villon rend magnifiquement le sort de ces condamnés autant que celui de leurs corps. Les vers font sentir le vent auquel ils sont livrés comme de vulgaires marionettes sans aucun respect. Le poème n’a pas pris une ride en effet. On retrouve differemment ce survol de la condition humaine bien plus tard chez Malraux. Intemporel.

  11. Mike

    dit :

    L’expression de la Charité toute entière, magnifique.

  12. pierre

    dit :

    Un grand silence de respect !

  13. Kenny Jean Michel

    dit :

    C’est un merveil! c’est tout ce que je trouve à dire

  14. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    La ballade des pendus fait partie des chefs-d’œuvre de la poésie universelle et, même si François Villon n’avait écrit que cela, il serait l’un des plus grands. Ce poème sublime et bouleversant n’a pas pris une ride, contrairement aux oeuvres de poètes plus récents (par exemple Ronsard, Byron, Lamartine, Goethe etc…) qui ont très mal vieilli. Chef-d’oeuvre universel et intemporel, il a traversé et continuera de traverser les âges.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *