Le Liseron

Alphonse de Lamartine

Dans les blés mûrs, un soir de fête,
La jeune fille me cueillit ;
Dans ses cheveux noirs, sur sa tête.
Ma blanche étoile rejaillit.
Fleur domestique et familière,
Je m’y collais, comme le lierre
Se colle au front du dahlia ;
Sa joue en fut tout embellie ;
Puis j’en tombai froide et pâlie :
Son pied distrait me balaya.

Mais le matin, sous sa fenêtre,
Un passant me vit par hasard,
Se pencha pour me reconnaître,
Et me couva d’un long regard.
« Viens ; dit-il, pauvre fleur sauvage.
Viens, mon amour et mon image,
Objet d’envie et de dédain,
Viens sécher sur mon cœur posée :
Mes larmes seront ta rosée,
Mon âme sera ton jardin ! »

Depuis ce jour, rampant dans l’herbe,
Je m’enlace autour d’autres fleurs ;
J’abrite leur tige superbe
Et je relève leurs couleurs ;
Et quelquefois les jeunes filles
Me fauchent avec leurs faucilles,
Pour faire un nuage à leur front :
Je nais pâle et toute fanée,
Je suis le lierre d’une année.
Foulez les pauvres liserons !

Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839

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Un commentaire sur “Le Liseron”

  1. Elise

    dit :

    Comme c’est bucolique et tendre!! J’adore!

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