En gris

Esther Granek

L’homme est né de la terre,
à la terre s’en retourne
et redevient poussière.
Ainsi les choses tournent.
*
Or, pour son plus grand bien,
la nature a prévu
qu’avant de n’être plus,
gris-poussière l’homme devint.
*
Car si l’heureux destin
lui prête longue vie,
tout en l’homme devient gris,
cheveu, poil, oeil et teint.
*
Ainsi, du grand passage
s’amoindrit le dommage.
C’est douce préparation,
qu’on la camoufle ou non.
*
Et grisâtres mouvements
et grisâtres pensées
et grisâtres vêtements
déjà l’ont imprégné.
*
Dans cette brume uniforme
tous les vieux ont même forme
comme antiques tapisseries
tournant toutes au même gris.
*
Ainsi, du grand passage
s’amoindrit le dommage…

Esther Granek, Ballades et réflexions à ma façon, 1978

Imprimer ce poème

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *