Complainte amoureuse

Alphonse Allais

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

Alphonse Allais (1854-1905)

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12 commentaires sur “Complainte amoureuse”

  1. Camille Palud

    dit :

    Si certains sont intéressés, les 5 derniers vers proviennent du roman Les liaisons dangereuses, lorsque Mme de Tourvel reçoit la lettre de rupture de Valmont 🙂

  2. hui

    dit :

    J’aime bien

  3. yno

    dit :

    Beauté de la désespérance espérée !

  4. ouali zohra

    dit :

    Tout simplement j’adore ! Les poètes d’avant étaient plus perspicaces !

  5. Jolimin

    dit :

    De quel recueil publié par Alphonse Allais provient-il?

  6. Gilbert

    dit :

    Ce texte n’est pas seulement un parfait exemple d’utilisation correcte de la grammaire française mais aussi un bon exercice de diction. Répétez plusieurs fois les quatre derniers vers pour vous en assurer…

  7. FATI Gérard

    dit :

    Ah! l’imparfait du subjonctif!..
    On se demande vraiment pourquoi on appelle «imparfait» un temps aussi parfait…
    Peu s’en fallut que ne pleurassent
    Les soudards et les écoliers
    Enfants voici des bœufs qui passent
    Cachez vos rouges tabliers…

  8. Vieux professeur

    dit :

    Il va de soi qu’on admirera davantage la correction irréprochable de la grammaire que la sincérité des sentiments.

  9. rossi

    dit :

    Stoll Nadine, les personnes qui vous ont écouté pendant le mariage ont bien dû rire. Dans ce poème Alphonse se moque de l’homme amoureux, qui, s’est pris un râteau.

  10. STOLL Nadine

    dit :

    Excellent! Je cherchais un texte pour en faire lecture lors d’un mariage ce samedi 12 avril ……J’ai trouvé!….

  11. roland

    dit :

    entre 1854 et 1905 enfin je crois

  12. estrada

    dit :

    en quelle année a t-il été fait ?

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