La cigale et le poète

Tristan Corbière

Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait — Oh : pas exprès ! —
Son honteux monstre de livre !…
— « Mais : vous étiez donc bien ivre ?
— Ivre de vous !… Est-ce mal ?
— Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire !
— J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
— Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !

Tristan Corbière, Les Amours jaunes, 1873

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Un commentaire sur “La cigale et le poète”

  1. Hugo du 48

    dit :

    Lecture très constructive avec une grosse mine sur le carreau de la voisine mais c’est pas fait exprès c’est à cause du Ricard

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