Lassitude

Renée Vivien

Je dormirai ce soir d’un large et doux sommeil…
Fermez bien les rideaux, tenez les portes closes.
Surtout, ne laissez pas pénétrer le soleil.
Mettez autour de moi le soir trempé de roses.

Posez, sur la blancheur d’un oreiller profond,
De ces fleurs sans éclat et dont l’odeur obsède.
Posez-les dans mes mains, sur mon cœur, sur mon front,
Les fleurs pâles au souffle amoureusement tiède.

Et je dirai très bas : « Rien de moi n’est resté…
Mon âme enfin repose… ayez donc pitié d’elle.
Qu’elle puisse dormir toute une éternité. »
Je dormirai, ce soir, de la mort la plus belle.

Que s’effeuillent les fleurs, tubéreuses et lys,
Et que meure et s’éteigne, au seuil des portes closes,
L’écho triste et lointain des sanglots de jadis.
Ah ! le soir infini ! le soir trempé de roses !

Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902

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Un commentaire sur “Lassitude”

  1. Marie

    dit :

    Merveilleux poème ! Je suis malade et j’ai décidé depuis longtemps d’en finir moi-même quand la médecine ne pourra plus rien pour moi. Je vis dans un pays où l’euthanasie a été légalisée et tous mes papiers ont été faits, le jour venu j’aurai juste à appeler mon médecin et lui dire que j’ai choisi de partir hic et nunc. Je laisserai ce poème à mes ayant-droit afin qu’ils sachent que je pars vers un ailleurs qui ne pourrait pas être pire que ce que je vis ici-bas.
    Marie

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