Stances

Pierre de Ronsard

J’ay varié ma vie en devidant la trame
Que Clothon me filoit entre malade et sain,
Maintenant la santé se logeoit en mon sein,
Tantost la maladie extreme fleau de l’ame.

La goutte ja vieillard me bourrela les veines,
Les muscles et les nerfs, execrable douleur,
Montrant en cent façons par cent diverses peines
Que l’homme n’est sinon le subject de malheur.

L’un meurt en son printemps, l’autre attend la vieillesse,
Le trespas est tout un, les accidens divers :
Le vray tresor de l’homme est la verte jeunesse,
Le reste de nos ans ne sont que des hivers.

Pour long temps conserver telle richesse entiere
Ne force ta nature, ains ensuy la raison,
Fuy l’amour et le vin, des vices la matiere,
Grand loyer t’en demeure en la vieille saison.

La jeunesse des Dieux aux hommes n’est donnee
Pour gouspiller sa fleur, ainsi qu’on void fanir
La rose par le chauld, ainsi mal gouvernee
La jeunesse s’enfuit sans jamais revenir.

Pierre de Ronsard, Derniers vers

Imprimer ce poème

3 commentaires sur “Stances”

  1. Emmanuelle Macron

    dit :

    Ce poème est magnifique

  2. Emmanuelle Macron

    dit :

    Ce poème me donne beaucoup de sensations. Je pleure à chaque fois que je le lis. Je ne sais même pas comment décrire mes émotions.

  3. Jean-françois coppé

    dit :

    Ce poème est magnifique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *