Marie

Guillaume Apollinaire

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s’en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d’argent
Des soldats passent et que n’ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s’en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s’en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l’automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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12 commentaires sur “Marie”

  1. Jesabel Ferrier

    dit :

    J’aime bien.

  2. Menard

    dit :

    Magnifique ! C’est le reflet de ma peine actuelle que j’écris en Poésie

  3. Jo Romand

    dit :

    Vous qui, comme moi, aimez Guillaume Appolinaire, avez-vous lu « les 9 portes de ton corps »?
    Ce poème me fascine.

  4. lucas

    dit :

    « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Mahatma GANDHI (1869.1948)

  5. Emi

    dit :

    Ce poème m’a toujours fasciné. Très certainement mon poème préféré. Je me reconnais très bien dans la citation de Gracq postée dans un autre commentaire.

  6. Cogniaux

    dit :

    Pour information, Ferré chante ce poème.

  7. Louis Cousin

    dit :

    Le dernier vers est mon préféré !

  8. Quelqu’un

    dit :

    Guillaume Apollinaire, Alcools 1913 !

  9. Galeterne

    dit :

    Poème particulièrement virtuose et intense associant entre autres gaieté du bal et douleur du délaissé. « Et tes mains feuilles de l’automne Que jonchent aussi nos aveux » est à tomber par terre. Mais d’où vient que je n’aime pas le dernier vers, qui me fait l’effet d’une pirouette de fin de fête ?

  10. jean-pierre

    dit :

    …que n’ai-je un cœur à moi…
    Tout le vertige d’un « moi » polymorphe et insaisissable. En une strophe magnifique. Loin des pensums universitaires!

  11. Anne Denis

    dit :

    « Quand reviennent ces jours de disgrâce où, pour un moment, les livres, tous les livres, n’ont plus que le goût du papier mâché, où une acedia saturnienne décolore pour l’âme et dessèche sur pied toute la poésie écrite, il ne reste pour moi que deux ou trois fontaines -petites, intarissables- où l’eau vive dans le désert qui s’accroît continue à jaillir et immanquablement me ranime; ce sont quelques Chansons de Rimbaud…Guillaume Appolinaire…Il me suffit de me redire la première strophe de Marie pour que le monde, instantanément, retrouve les couleurs du matin. »
    Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

  12. armel assoumou (olama)

    dit :

    j’aime beaucoup ce poème, il a quelque chose de spécial

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