A une passante

Charles Baudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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86 commentaires sur “A une passante”

  1. Anonimus

    dit :

    Belle poésie

  2. Sarah

    dit :

    Un sonnet qui exprime bien un moment marquant sur le moment, mais que l’on sait qu’il sera fugace, après…C’est là tout son talent.

  3. Marguerite

    dit :

    le silence était assourdissant,
    Je marchais l’âme dans mes pensées,
    Noir était le ciel dans mon coeur vibrant,
    l’odeur de la mort me poursuivait..

    Il pleuvait et,ma jupe trainait froissée,
    Des flaques comme des claques me mouillaient la peau,
    En relevant ma jupe ,il était là,il me regardait.
    L’inconnu debout contre l’arbre avec son chapeau.

  4. Flavya

    dit :

    Quel grand homme .. quel talent ! Un de mes préférés ce poème-là, Baudelaire c’est juste LA référence en matière de poésie, je l’admire. <3

  5. breil

    dit :

    quel « flash » !

  6. Ahmed HILALY

    dit :

    Baudelaire l’incontestable; merci pour ses efforts admin.

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