Anton Van Dyck

Marcel Proust

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses,
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ;
Beau langage élevé du maintien et des poses
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s’ouvrir…
Sans s’en douter, qu’importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ;
Enfants royaux déjà magnifiques et graves,
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes,
L’amertume des pleurs dont sont pleines les âmes,
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ;
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l’autre un fruit feuillu détaché de la branche,
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux :
Debout mais reposé dans cet obscur asile
Duc de Richmond, ô jeune sage ! – ou charmant fou ? –
Je te reviens toujours… -. Un saphir à ton cou
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours, Portraits de peintres et de musiciens 1896

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2 commentaires sur “Anton Van Dyck”

  1. Bedjai Marc

    dit :

    Voilà de souples alexandrins que nous offre Proust pour évoquer la belle figure de l’anversois Van dyck longtemps jeune et brillant assistant de Rubens : ils expriment son admiration pour son art de portraitiste et son attachement à son énigmatique personne « jeune sage ou charmant fou ? ». Précisons pour la petite (?) histoire que des gravures des œuvres du peintre ont été regroupées avant 1640 dans L’Iconographie d’Antoine van Dyck par Martinus van den Enden. Son frère Franciscus van den Enden participa aussi à l’édition de gravures à Anvers avant d’ouvrir une Boutique d’Art dans Le Nes à Amsterdam en 1650 . Cet ex-jésuite, médecin, alchimiste et poète qui, accueillit en 1656 le jeune Spinoza excommunié par la communauté juive de la ville, devint ainsi son maître spirituel *.
    Marc Bedjai
    * Cf online : Marc Bedjai, Franciscus van den Enden, maître spirituel de Spinoza – Persée

  2. Fritzer

    dit :

    Magnifique ❤

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