Sonnet à une enfant

Renée Vivien

Tes yeux verts comme l’aube et bleus comme la brume
Ne rencontreront pas mes yeux noirs de tourment,
Puisque ma douleur t’aime harmonieusement,
O lys vierge, ô blancheur de nuage et d’écume !

Tu ne connaîtras point l’effroi qui me consume,
Car je sais épargner au corps frêle et dormant
La curiosité de mes lèvres d’amant,
Mes lèvres que l’Hier imprégna d’amertume.

Seule, lorsque l’azur de l’heure coule et fuit,
Je te respirerai dans l’odeur de la nuit
Et je te reverrai sous mes paupières closes.

Portant, comme un remords, mon orgueil étouffant,
J’irai vers le Martyre ensanglanté de roses,
Car mon cœur est trop lourd pour une main d’enfant.

Renée Vivien, La Vénus des aveugles

Imprimer ce poème

3 commentaires sur “Sonnet à une enfant”

  1. Alpha

    dit :

    Pour ceux qui ne l’auraient pas compris… dans ce poème Renée Vivien parle, je suppose, d’un enfant qu’elle aurait perdu. On le comprend quand elle dit « mes yeux noirs de tourment » puis « Puisque ma douleur t’aime harmonieusement ». Et on comprend qu’elle parle d’une personne décédée quand elle dit « au corps frêle et dormant ». Et je pense qu’ensuite elle dit qu’elle rêve de cet enfant qu’elle aurait perdu. D’où le fait que ce poème soit très profond et pas forcément compréhensible pour tout le monde.

  2. avotra

    dit :

    Ici comment l’auteur evoque et montre la mort?

  3. La truite vengeresse

    dit :

    Sacré Renée ! On lui avait pourtant bien dit que la boisson ne lui réussissait pas …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.