L’hiver

Anna de Noailles

C’est l’hiver sans parfum ni chants.
Dans le pré, les brins de verdure
Percent de leurs jets fléchissants
La neige étincelante et dure.

Quelques buissons gardent encor
Des feuilles jaunes et cassantes
Que le vent âpre et rude mord
Comme font les chèvres grimpantes.

Et les arbres silencieux
Que toute cette neige isole
Ont cessé de se faire entre eux
Leurs confidences bénévoles.

– Bois feuillus qui, pendant l’été,
Au chaud des feuilles cotonneuses
Avez connu les voluptés
Et les cris des huppes chanteuses,

Vous qui, dans la douce saison,
Respiriez la senteur des gommes,
Vous frissonnez à l’horizon
Avec des gestes qu’ont les hommes.

Vous êtes las, vous êtes nus,
Plus rien dans l’air ne vous protège,
Et vos coeurs tendres ou chenus
Se désespèrent sur la neige.

– Et près de vous, frère orgueilleux,
Le sapin où le soleil brille
Balance les fruits écailleux
Qui luisent entre ses aiguilles.

Anna de Noailles, Le coeur innombrable

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4 commentaires sur “L’hiver”

  1. poète du 95

    dit :

    J’adore ce poète et en plus c’est le nom de notre collège !

  2. hette lina

    dit :

    Magnifique, moi, je l’ai transformé en chanson

  3. vassillia Chagurin

    dit :

    Un émerveillement que ce poème sur une saison que j’affectionne et Anna de Noailles est une découverte enchanteresse

  4. poete 19

    dit :

    Je trouve lhiver agreable mais cette poesie trop longue a mon gout.
    Elle n est pas desagreable a lire.
    Mais je plains ce qui ont a la retenir!!

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