Cuisson du pain

Emile Verhaeren

Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,
Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,
Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,
La sueur les mouillant et coulant au pétrin.

Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte,
Leur gorge remuait dans les corsages pleins.
Leurs deux doigts monstrueux pataugeaient dans la pâte
Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.

Le bois brûlé se fendillait en braises rouges
Et deux par deux, du bout d’une planche, les gouges
Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.

Et les flammes, par les gueules s’ouvrant passage,
Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,
Sautaient en rugissant leur mordre le visage.

Émile Verhaeren, Les Flamandes

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9 commentaires sur “Cuisson du pain”

  1. Laura

    dit :

    Difficile mais belle

  2. Marie Thérèse Jaouen

    dit :

    Superbe évocation, on sent l’art et la peine des servantes, l’odeur de leur effort, l’attente gourmande de l’enfant et son regard captivé par cette alchimie créatrice presque chargée d’érotisme, le souffle chaud des braises l’odeur du pain qui cuit; la salive qui vient au lèvres d’être prochainement rassasié; un bonheur à lire et certainement plus encore à entendre.

  3. lila oceane

    dit :

    Cool mais compliqué à comprendre, très belle poésie !

  4. hiba

    dit :

    ce poème est tout simplement bien rédiger

  5. Thomas Legrand

    dit :

    Cette poesie date de quand? (urgent)

  6. Annick Tirache

    dit :

    non Lena ce n’est pas de la nostalgie c’est notre histoire, celle des femmes d’autrefois qui furent nos mères et nos soeurs.

  7. Lèna Barbaros

    dit :

    Vous croyez que c’est de la nostalgie ?

  8. Annick Tirache

    dit :

    dans ma Picardie aussi
    les mères et les filles faisaient le pain
    quand le boulanger était parti à la guerre
    maman-Jeanne faisait me dit-on encore
    le meilleur pain du village
    ni ses soeurs ni personne
    n’a jamais pu l’égaler
    dans l’art de savoir pétrir la pâte
    presque aussi important que celui de la faire
    cuire dans un four à point

  9. Thérèse N.

    dit :

    Ce poème sent vraiment l’odeur du pain d’antan. Tout le village le faisait autrefois, au moins chez nous à la montagne. J’aimerais bien en retrouver le goût, mais c’est si presque impossible de nos jours.

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