Soupir

Stéphane Mallarmé

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
– Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

Stéphane Mallarmé

Imprimer ce poème

6 commentaires sur “Soupir”

  1. Lucien

    dit :

    Ce poème est la parfaite expression poétique du « soupir » dont il porte le titre, qui lui même épouse la forme d’un jet d’eau…

    Poème-phrase, poème-soupir, poème-jet d’eau dont le sens découle du rythme imité de la période oratoire latine, avec sa montée en tension dans la protase de la première partie du poème, son acmé atteint dans « l’azur », et la résolution de la tension première dans l’apodose de sa descente jusqu’à cette hypallage finale du « soleil jaune d’un long rayon », rayon d’automne dans lequel il se meurt…

    Entièrement construit sur une anadiplose (« azur ») doublé d’un chiasme qui exprime le reflet inversé de l’azur dans « les grands bassins », il illustre au plus haut point tout l’art de Mallarmé qui trace son fluide sillon dans la continuité du culte de l’objet d’art bien ciselé parnassien, de la « sœur » baudelairienne ou de la musicalité verlainienne, mais qui ne saurait s’enfermer dans le culte de « l’art pour l’art » : cette savante construction de mots, qui tient par elle-même (et pourtant si fragile), n’est cependant pas close sur elle-même mais, comme chez Baudelaire, le Maître absolu, dépasse sa propre forme vers un au-delà « idéal » qui est la seule réalité, comme le jet d’eau trouve tout son sens dans la verticalité évanescente de son élan vers un « azur » à jamais inaccessible…

  2. Pascal

    dit :

    Il ne faut oublier que Ravel er Debussy en ont mis de la musique.

  3. dimitri saltafera

    dit :

    Voila ce que l’on attend de la poésie.

  4. Jan.U

    dit :

    Poème sublime, habilement mis en musique par Ravel et Debussy en personne!

  5. BOUCHAKOUR ERRAHMANI Ahmed

    dit :

    Je me suis souvenu de ce poème étudié autrefois au lycée, avec le titre de soupir secret et à une question d’une amie malade me demandant que faut-il pour être heureux en me montrant la photo d’un chat vraisemblablement heureux , couché de côté et tenant entre ses quatre pattes un gros saucisson? je lui ai répondu par ceci : « Celà dépend des personnes concernées. Cependant, je dirais que pour une femme adulte de ton genre que pour être heureuse il faut de l’expérience et de la sagesse, l’amour, sans l’esprit… Et disons que c’est trop tard pour aimer, puisque déjà tu n’aimes pas l’automne ! Sinon commence à ramasser du sol des feuilles mortes et à les serrer bien fort entre tes mains et les écraser comme le fait si bien ton chaton avec son saucisson et en inhalant cette belle odeur dégagée et pousse un long soupir en regardant vers le ciel bleu de ton lieu. »

  6. Miss

    dit :

    Je dois effectuer un travail un « florilège » plus précisément étant élève de 4ème je cherche minimum 10 poèmes sur le rêve, je trouve qu’il manque de détail à la fin pour savoir si ce poème parle vraiment d’un rêve .. Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *