Concours de poésie « Voix Hautes » 2026

Le concours de poésie « Voix Hautes » s’inscrit dans le cadre du Festival de poésie « Voix Hautes, quand la poésie prend de la hauteur » qui a lieu dans le quartier des Hauts-de-Chambéry, en Savoie. Les poèmes soumis au concours sont des oeuvres originales et personnelles, rédigées en français.

Lauréats du concours de poésie Voix Hautes 2026

Le Conseil de Quartier Citoyen des Hauts-de-Chambéry et la bibliothèque Georges Brassens, en partenariat avec la Ville de Chambéry et le site Poetica.fr ont organisé le concours de poésie Voix Hautes. Les candidates et les candidats de cette troisième édition 2026 se sont inspirés du thème de l’année de la Ville de Chambéry : « La nuit ».

Lors de la finale du 14 mars 2026 à la Bibliothèque Georges Brassens de Chambéry, le jury a attribué trois prix d’écriture pour la catégorie jeunes poètes (15-18 ans) et trois prix d’écriture pour la catégorie adultes. Le public présent a décerné un « prix spécial du public – jeunes» et un « prix spécial du public – adultes».

Catégorie écriture jeunes (15-18 ans)

1er prix : Kenza Thianville, Ce que la nuit sait

2ème prix : Arthur Laurence Rousserie, Une Nuit à la française

3ème prix : Rachel Ferrarini, J’attends le marchand de sable

Prix spécial du public- jeunes : Fanny Reigner, Le dernier souffle

Catégorie écriture adultes

1er prix et prix spécial du public – adultes : Myriam Clowez, La nuit

2ème prix : Sarah Farigu, À mes insommies

3ème prix : Nathalie Vincent-Arnaud, Dire ta nuit

Découvrez les textes du palmarès de Voix Hautes 2026

Ce que la nuit sais

Ce que la nuit sait
La nuit ne tombe pas,
elle s’installe
dans les plis du monde.
Elle n’efface rien
elle révèle autrement.
Quand la lumière se retire,
les certitudes se fissurent.
Les visages cessent de jouer un rôle,
les pensées deviennent nues,
et l’âme, sans défense,
apprend à se regarder.
La nuit sait nos vérités lentes,
celles que le jour refuse d’entendre.
Elle connaît la fatigue des êtres,
le poids invisible des attentes,
et les rêves étouffés
sous des lendemains trop bruyants.
Dans son silence épais,
le temps se dilate.
Chaque seconde devient question,
chaque souffle, un aveu.
Nous marchons à l’intérieur de nous-mêmes
comme dans une maison abandonnée,
reconnaissant enfin
les pièces que nous évitions.
Les étoiles ne sont pas des ornements.
Elles sont des balises.
Des preuves fragiles
que même au cœur de l’obscur
quelque chose persiste,
résiste,
espère.
La nuit n’a pas peur de la peur.
Elle l’accueille,
la transforme en veille.
Elle enseigne que l’ombre
n’est pas l’ennemie de la lumière,
mais sa mémoire.
Et lorsque l’aube approche,
la nuit ne disparaît pas
elle se retire en nous,
laissant derrière elle
un silence habité,
et la certitude intime
qu’on ne naît vraiment
qu’après avoir traversé le noir.

Kenza Thianville

Une Nuit à la française

Sous le voile sombre du ciel, Paris s’endort doucement,
Les lampadaires dessinent des éclats charmants.
La Seine glisse, miroir où la lune se mire,
Et l’ombre des ponts semble doucement sourire.
Un accordéon soupire aux coins des boulevards,
Bourvil fredonne, et le vent emporte ses regards.
Les terrasses dorment, mais quelques verres tardifs
Clignent encore, comme des yeux malicieux et vifs.
La Tour scintille, fière, en robe de lumière,
Les statues murmurent des secrets à la terre.
Et moi, flâneur discret, je me perds dans ces rues,
Chaque pas semblant danser à ma vue.
Le parfum du pain chaud s’échappe des boulangeries,
Les cafés chuchotent mille anciennes folies.
Un peintre solitaire esquisse un rêve nocturne,
Un vieux couple s’attarde dans l’air taciturne.
Les bateaux-mouches dorment au bord du quai,
Leurs reflets s’étirent comme des bras oubliés.
Une nuit à la française, c’est un rêve sans âge,
Où histoire et rire se tiennent par la page.
Sous ce ciel nocturne, le Paris des poètes
Rit, chante et charme, même quand la nuit est muette.
Ah ! la douce France, entre chic et fantaisie,
Où nous sourions à chaque mélodie.
Ah ! la nuit, souveraine, belle et majestueuse,
Elle transforme chaque pierre en vision précieuse.
Le paysage s’élève, élégant et mystérieux,
Et tout devient rêve sous le ciel silencieux.

Arthur Laurence Rousserie

J’attends le marchand de sable

La moindre lueur ne subsiste déjà plus,
L’obscur redevient sombre entre Septembre et Août
Ainsi la dame bleue m’offre son salut
M’invite en sa cachette à observer la voûte.
Tandis que le soir tombe, la Lune, elle, se rattrape
Cloue le silencieux départ de l’astre Chaleur
Un spectacle vaporeux papillonne, s’échappe
La fraîcheur s’installe seulement pour quelques heures.
Le silence est trop lourd, je cherche un brin de bruit
Je tends l’oreille aux débris de mon existence
Détruits, par terre, ma propre vieillesse me nuit ;
Déçue je me maquille et masque mon essence.
Pourquoi se faire belle quand le monde ferme les yeux ?
Les enfants se taisent
Et nous, jouissons du privilège mature
De l’étourdissement pour panser nos blessures.
Somnambule génération du centre-ville,
Attirée par l’ennui et sa probable perte,
Me précipite et je me retrouve seule, inerte
Parmi les corps chauds je suis frappée par l’exil.
La fête bas son plein mais mon cœur, lui, se voile
D’un paraître heureux enivré d’oubli.
Dehors les ombres se conjuguent à la frénésie.
L’absurdité nocturne comme une immense toile,
Dépeint un monde joyeux mais neurasthénique,
Et j’embrasse l’étoile d’un sommeil pathétique.
À vouloir chercher la chaleur pendant la nuit
L’homme a oublié celle que le Soleil lui donne.
Les contes ont cédé leur place à la comédie,

Cette nuit le marchand de sable démissionne.

Rachel Ferrarini

Le Dernier Souffle

La nuit — celle où les rêves s’entremêlent —
déplie sur l’été son voile d’ambre et d’abîme.
Courte, presque fragile, elle hésite
entre le dernier souffle du jour
et la première confidence des étoiles.

Entre chien et loup, le monde retient son cœur.
Deux yeux percent la pénombre :
non pour voir, mais pour révéler.
Car l’ombre n’est pas absence —
elle est profondeur.

Noir comme la nuit, sans un bruit,
une effraie des clochers se détache du temps.
Flamme pâle dans l’encre du ciel,
elle glisse, pure pensée ailée,
au-dessus des blés assoupis.

L’instant se suspend.
La terre écoute.
Les herbes frémissent comme des lèvres closes.

Puis l’éclair du geste —
la vie saisie dans le silence —
et le cri fend l’immobile.

Au loin, une ligne d’ombre se détache des collines.
Le loup marche dans la couture des ténèbres,
tissé de lune et de vent.
Sa fourrure boit l’argent des astres,
ses pas épousent la pulsation secrète des racines.
Il ne traverse pas la nuit :
il en est le battement fauve,
la phrase vive écrite au flanc du monde.

Soudain — une déchirure sèche.
Le feu claque, invisible.
Le loup chancelle, vaste étoile blessée,
et l’herbe s’ouvre sous son poids.
Dans ses flancs fleurit une rose noire.
Le ciel demeure, splendide et muet ;
l’effraie poursuit son cercle immuable.
Et la nuit, immense, referme son manteau
sur la beauté intacte
et la blessure qui brûle.

Fanny Reignier

La nuit

La nuit je pense
Et je m’en vais
Retrouver ton absence
Dans notre lit douillet.

Le dessin au plafond
Dessiné au fusain
Me rappelle ton prénom
Au funeste destin.

Nous avions ri la veille
Et bu jusqu’à la lie
Et puis c’est le sommeil
Qui borda notre lit.

Humbles et beaux
Naïfs comme des enfants
Nous étions deux nigauds
Eblouis par le temps.

Pouvions nous savoir
Qu’une méchante fée
Avait en son pouvoir
Le droit de décider.

Que sur une autoroute
Un vieillard étourdi
Aurait dans sa déroute
Brisé ta jeune vie.
Comment donc en vouloir
À un homme ravagé
Par un périple noir
À la mort annoncée.

La nuit je cherche en vain

Ton corps si chaleureux,
Faisant vibrer mes seins
Les rendant si gracieux.

Je m’endors doucement
Murmurant ton prénom
Et c’est dans le tourment
Que mes larmes sont sillons.

Myriam Clowez

A MES INSOMNIES

Lorsque mes nuits d’hiver frappent à ma fenêtre,
Que dehors les oiseaux, dans leur nid sont peut-être,
Je me noie dans les livres où mes rêves éveillés,
M’aideront à m’endormir dans des champs d’oliviers.

Mais mes insomnies guettent le retour du jour
Quand ma solitude me rappelle à son tour,
Qu’elles sont longues, qu’elles sont froides,
Ces heures cruelles, et ces minutes blafardes.

Je regarde l’étincelle qui brille à mon chevet,
En refermant les pages où me suis arrêtée.
Je me sens lasse des journées continues,
Pourtant, je redoute la lune de ses vertus.

Alors, quand tout est noir, dans le monde endormi,
Je compte les secondes tout au fond de mon lit,
Je lance une musique pour bercer mes pensées,
En attendant le jour, qui commence à tarder…

Je ferme les yeux, et mon cœur en silence
Décline l’invitation du marchand de patience,
Qui se couche avant moi, et j’inverse les rôles,
Je combats le sommeil par dessus mon épaule.

Et la nuit passe, son rideau sombre se lève,
Mes terreurs nocturnes bientôt s’achèvent,
Car dehors, j’entends le chant des oiseaux,
Et le chat au balcon miaule qu’ils sont beaux!

S ilencieusement, il arrive l’astre du ciel,
O uvrant le rideau qui illumine et réveille,
L es coqs entonnent même à son appel
E loquence et gaieté, à leur chant éternel,
I nstaurant la paix qui peu à peu révèle
L a lueur apaisante de l’illustre soleil.

Sarah Farigu

Dire ta nuit

Tu n’as pas su dire ta nuit
Celle qui déchire
Qui charrie
Qui fait déborder les tiroirs
Pleins de tissus et de replis
De pleins de marges
Et de moires

Pas su dire ta nuit
Dans les clartés trop vives qui s’immiscent
Dans le tranchant des voix
Et des journées qui tissent
Le droit fil des sourires vainqueurs
Sans ride sans cri
Et sans fureur

Pas su dire ta nuit au long cours
Des eaux noires
Des vagues sans retour
Qui rugissent
À l’appel des matins
Sous ta peau de chagrin

Pas su dire les murs
Les interstices
Les pierres ardentes qui fracassent
Les chemins les abris
Où tu as logé ton cœur battant
De flammèches
De lueurs
Noyées dans l’encre de tes peurs

Nathalie Vincent-Arnaud

 

 

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