Premier sourire de printemps

Théophile Gautier

Tandis qu’à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
II repasse des collerettes
Et cisèle des boutons-d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
II s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui, descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
II sème aux prés les perce-neige
Et les violettes au bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
II met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
II dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Théophile Gautier (1811-1872)

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36 commentaires sur “Premier sourire de printemps”

  1. Suzy B.

    dit :

    J’ai eu la chance inouïe, tout au long de ma scolarité, d’avoir des instituteurs et professeurs qui n’avaient qu’une mission : m’instruire. Je leur rends hommage. L’un d’eux, Monsieur Dechamboux, avait l’habitude d’écrire les poèmes au tableau noir, de nous demander de les apprendre par cœur. Ensuite, il nous faisait tourner le dos et nous demandait de réciter. Puis, il nous fallait expliquer le texte. Il me souvient de son apostrophe à mon égard : « Dis-moi, tu as des yeux derrière la tête ? » C’est ainsi que cette poésie est restée gravée sur l’un de mes neurones ! Hélas, les œuvres perverses ont toujours cours.

  2. Denise Groulx

    dit :

    Merci!

  3. Brose

    dit :

    Comme beaucoup de personnes qui ont laissé un commentaire, je redécouvre ce merveilleux poème dont je ne me souvenais plus que d’une strophe. Je l’avais appris à l’école primaire (dans ce temps là , on apprenait encore de belles choses à l’école !). J’ai 81 ans.

  4. brando

    dit :

    Les hommes qui courent haletants à leurs œuvres perverses, c’est aussi une connotation avec la guerre, et elle existe encore, avec le temps, car tout ne s’en va pas pour autant… Avec une pensée aussi pour Léo Ferré qui s’est, quelque part, disons, en partie, trompé… Sans oublier le mois prochain, cher à Théophile Gautier : Nous sommes encore en février, alors, laissons le temps au temps de continuer à passer parmi ses chemins déroutants, pour en mars nous amener vers un renouveau du printemps.

  5. brando jean-françois

    dit :

    C’est un poème en connotation avec l’actualité du monde, et aussi avec l’actualité pré-électorale: Il y a, malheureusement, beaucoup d’hommes (si on peut encore leur donner ce nom, suite à leurs actions inhumaines) qui courent, haletants, à leurs œuvres perverses… Le mois de mars nous fait aussi beaucoup rire de certains hommes politiques, souvent « mouillés », averses obligent (mais à leur encontre, l’aversion peut être consécutive), et prépare en secret (gardons-le pour nous, en attendant) le printemps… Alors… attendons l’éclosion des bourgeons, on peut encore espérer !
    Jean-François

  6. brunet

    dit :

    Grand bonheur de retrouver ce poème dont je me rappelle encore les premières strophes. J’ai 81 ans !

  7. danièle LEVEQUE

    dit :

    A moi aussi il est resté dans ma mémoire et je le fais lire aux enfants quand le mois de mars arrive dans notre jardin ! C’est une poésie que l’on n’oublie pas !

  8. Maylande Art-Urbain

    dit :

    Bonjour à toutes et tous, j’ai moi aussi 73 ans et ce poème je l’ai appris à l’âge de 10 ans en le chantant et je le fredonne souvent. Il reste à jamais gravé dans ma mémoire. Bonne journée

  9. Paul Maison…

    dit :

    Tout d’abord un grand merci à internet qui m’a permis de retrouver en un clic ce que personne autour de moi n’avait de traces, quel bonheur de pouvoir ainsi embrasser la totalité de cette œuvre magnifique dont seuls les derniers vers étaient encore ancrés dans ma mémoire « printemps, tu peux venir ». Emotion garantie et bond dans le passé à la lecture enfin possible des premières strophes oubliées… Merci Monsieur Théophile Gautier.

  10. Mireille Enfissi

    dit :

    Mars qui rit, malgré les averses, prépare en secret le printemps. Ce que j’aime fredonner, tout les ans au printemps, à qui veut bien l’entendre. J’ai 68 ans c’est vers qui riment entre eux réveillent ma mémoire défaillante. C’est que du bonheur ! Merci. Mireille.

  11. Mireille Monnier

    dit :

    Ici, j’aimerais répondre à Raymond Viguier qui souhaite que « sa lanterne soit éclairée » sur les deux premiers vers du poème de Théophile Gautier. Je ne prétends ni détenir la vérité, ni être absolument sûre que mon interprétation soit celle que l’auteur aurait donnée !.. Toutefois, je trouve absolument génial, qu’à une époque où la mécanisation et l’industrialisation étaient en plein essor et enthousiasmaient le monde entier, que Théophile Gautier ait déjà senti tous les « dangers » qu’un tel développement risquaient d’apporter. Ne sommes-nous pas à l’époque actuelle justement devenus « ces hommes haletants » constamment en train de courir?!… Et leurs « œuvres », c’est-à-dire le résultat de toutes leurs phénoménales inventions, n’ont-elles pas finalement apporté à l’Humanité beaucoup de facilités fallacieuses, car finalement celles-ci déconnectent de plus en plus l’être humain de tout ce qui le reliait intensément à la nature, au cosmos, à la Création toute entière ? C’est en cela, à mon avis que l’auteur qualifie à juste titre les « œuvres » des Hommes de « perverses ». Et malgré tout (« tandis que les hommes courent haletants »), la nature continue à nous gratifier de ses merveilles, même si nous sommes devenus « aveugles » et souvent dépourvus de tout respect devant le grand mystère de la Création. Dans son ovation au Printemps, Théophile Gautier essaye de nous dessiller les yeux et par là de nous faire prendre conscience que le matérialisme à outrance nous éloigne de notre condition d’Homme. Car l’Homme n’est pas seulement chaire, mais aussi esprit et de ce fait est indéniablement relié à la nature et au cosmos. En acceptant aveuglément les faux appâts de la matérialisation, ne nous déconnectons-nous pas du monde spirituel et ne courons-nous pas ainsi lentement à notre perte ?

  12. VIGUIER Raymond

    dit :

    « Mars qui rit, malgré les averses, prépare en secret le printemps. » C’est ce que j’aime à dire encore aujourd’hui quand le soleil de mars se montre un peu avare de ses rayons et arrose plus que je ne le souhaiterais mon jardin. A 78 ans, j’ai plaisir à retrouver, entier, ce poème de Théophile Gautier dont quelques vers seulement résonnent encore en moi comme au temps où mon institutrice m’imposait de le graver dans mon disque dur et de le réciter. Eh oui !… je ne savais alors que le réciter et non le dire !… C’est un beau poème dont j’apprécie le choix des métaphores qui donnent une âme à la nature et la font vivre sous nos yeux. Les deux premiers vers pourtant me posent problème et me gênent quelque peu aujourd’hui : que sont donc ces œuvres perverses auxquelles courent les hommes haletants ?… Au 19ème siècle pourtant, l’homme respectait mieux que de nos jours la nature !… en quoi consistait sa perversité ? Je le répète, ces deux vers me laissent un peu perplexe… Dommage que l’auteur ne soit plus de ce monde pour éclairer ma lanterne!… Je vais attendre de le rencontrer dans l’au-delà pour satisfaire ma curiosité !

  13. JoB

    dit :

    À bientôt 90 printemps, l’aînée de mes arrières-petits-enfants était étonnée de m’entendre lui réciter quelques strophes de ce poème qu’enfant j’aimais tant au point de m’en souvenir encore comme si c’était hier, dès les premières giboulées de Mars…

  14. Jeannette Mathey

    dit :

    C’est avec beaucoup d’émotion que toutes les années quand arrive le printemps, ces strophes merveilleuses me reviennent systématiquement sur les lèvres. J’ai appris ce poème quand j’avais 9 ou 10 ans, il est toujours en moi… et j’ai 73 ans !!!

  15. Walet Maurice

    dit :

    J’ai appris ce merveilleux poème quand j’avais 1O ans: Je m’en souviens encore aujourd’hui à l’age de 😯 ans. Quel bonheur!

  16. Girardot

    dit :

    C’est un très beau poème, très difficile à apprendre. J’ai 55 ans, je l’ai appris en primaire. Il rappelle que la nature reste toujours maître.

  17. BOUCHE Harly-Andrée

    dit :

    J’ai 82 ans. J’ai enseigné de 1952 à 1962 comme institutrice école primaire,de la maternelle au cours complémentaire parfois de l’aigoual à la Camargue. Après un séjour de 5 ans à Perpignan je suis partie en Vienne où l’occasion me fut donnée de reprendre mes études pour enseigner à des élèves en difficulté de 4 à 12 ans puis de 12 à 19 dans un collège. Partout j’ai fait apprendre le printemps, nuit de neige, & tant d’autres poèmes que même les plus handicapés, étrangers aussi parfois. Mon petit-fils n’a parfois appris qu’une seule poésie vite oubliée. HEUREUX qui a profité des 30h./s

  18. Bg34

    dit :

    Tellement beau, les poèmes ça m’inspire trop

  19. lili

    dit :

    superbe poesie

  20. vidal

    dit :

    mon père me faisait réciter avec un grand bonheur ce merveilleux poème appris à l’école primaire que j’avais oublié partiellement… Quelle joie de retrouver ses souvenirs d’enfance !
    Merci

  21. clause gisele

    dit :

    Je viens de retrouver à 90 ans tout le texte d’un poême que j’ai appris à l’école et qui me trotte dans la tête à chaque printemps !! Merci !

  22. Leurs Andrée

    dit :

    J’ai appris cette poésie à l’école primaire et malgré mes 80 ans, je me la remémore encore (partiellement en tout cas)

  23. max

    dit :

    J’aime beaucoup cette poésie. Elle est passionnante, Théophile je te dis merci, meme si tu es mort. C’est la meilleur poésie que j’ai connue.

  24. boniface

    dit :

    Théophile Gautier ta poésie est très très dure à apprendre !
    Boniface, 9 ans, CE2

  25. jacqueline terw

    dit :

    C’est ma poésie préférée. Et tous les ans au mois de Mars
    je la retrouve.je l’ai apprise à l’école il y a fort longtemps, c’est un souvenir et c’est le renouveau, cela donne beaucoup d’espoir et de bonheur,
    Merci Monsieur Théophile Gautier.
    (j’ai 75 ans)

  26. Bernard

    dit :

    J’ai 7O ans , et depuis l’âge de 1Oans, chaque printemps j’ai ces trois strophes qui me reviennent. Je redécouvre aujourd’hui l’auteur et le poème en entier. Je suis très ému !

  27. leveque

    dit :

    j’adore, tous les ans en mars je le lis à mes petits enfants de l’école !

  28. alix

    dit :

    J’ai 10 ans et je trouve qu’elle est très difficile à apprendre !!!!!!!

  29. wuyts marie

    dit :

    J’adore ! et vous, vous adorez ? oui ou non ?

  30. matteo

    dit :

    I love you Theophille. J’adore cette poèsie.

  31. Sarah Josephine Wood

    dit :

    I love this poem because springtime is such a beautiful time of the year.

  32. La-fana-musica

    dit :

    Très poètique, … j’adore 🙂 En+, j’ai eu un 20 en poésie grace à ce magnifique poème ! Merci Théodore ! Mdrr

  33. loli loli

    dit :

    j ‘adore

  34. Isabelle Leseigneur

    dit :

    J’adore ce poème. Peut-on décrire le plaisir de la poésie?

  35. Trachet Marie-Geneviève

    dit :

    J’ai appris ce poème il y a longtemps (j’ai 65 ans). Je me souvenais des trois premières strophes, puis… pff. Je le retrouve avec plaisir et le réciterai prochainement lors d’une animation de bibliothèque (je suis bibliothécaire bénévole) aux petits comme aux grands…

  36. BEN BEN

    dit :

    Le bon vieux temps où chaque mot a sa valeur, sa place et son sens.

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