Noche de sangre ou « la mendiante grise »

Jean-Pierre Villebramar

à Federico García Lorca

Nuit…
J’aime ce mot étrange et bref,
il traverse le nuit,
il EST la nuit!

De ma fenêtre mansardée, je guette,
je suis oiseau et grise la chouette…

Nuit…
je voudrais oublier: en vain:

la nuit ne s’oublie pas…

Elle dort le jour en moi, puis se réveille aux heures sombres, vers trois heures.
C’est souvent l’heure de la mort.
Je t’aime, mon épouse grise, j’aime ma feuille blanche, je la remplis de gribouillis,
ils ont un seul objet, un objectif, devenir un poème. Mes mots sont des oiseaux nocturnes,
prenez garde, ils ont les griffes de l’orfraie et ils les plantent dans vos cœurs!
Mais dans mon cœur, aussi… Ils ne lâcheront plus, « La mendiante grise »* a choisi l’heure …

Le temps défile, seconde après seconde, avec mes souvenirs, vos souvenirs aussi, à vous toutes et tous, mes frères et mes sœurs présent(e)s ou disparu(e)s…
Avec mes souvenirs, de jours heureux, de nuits secrètes, dors mon amour, mon amie grise,
ma mendiante, tu tends la main vers le bonheur…
De ma fenêtre mansardée, passez, secondes et passez, heures,
passe ma mendiante grise,

si grise…

Villebramar, juillet 2026

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