La vache dans tous ses états

Esther Granek

Un jour ou l’autre qui n’a dit,
pris de colère ou de dépit
ou pour toute raison qui fâche :
« la sale vache ! »
ou « peau de vache ! »
ou « vieille vache ! »
ou « grosse vache ! ».
Et tant et plus, tutti quanti.
Des attributs à l’infini…

Or, un matin, v’là que surgit
« la vache folle ». Bel inédit !

Sitôt les continents s’affolent
et dans le monde il n’est qu’un cri :
« La vache folle ! »

Avouons-le discrètement :
Même assortis d’un tremblement,
que joliment ces mots s’accolent !
« La vache folle ! ».

Pourrait-il en être autrement ?
De folie tout boeuf est exempt.
Taureau châtré ? mâle pourtant !
Ainsi jamais n’entendrez dire :
« Rôti de vache ». Ça fait trop rire !
Quel menu pourrait le souffrir ?
Le « boeuf bourguignon », c’est certain,
ne peut se mettre au féminin…

Dès lors que la fierté virile
est bien ancrée dans nos assiettes,
la vache, ici, n’est point en fête…

Mais tant de « vaches », en nous, défilent…

Esther Granek, Synthèses, 2009

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Un commentaire sur “La vache dans tous ses états”

  1. Lolo dans ses états

    dit :

    Ouais, elle est cool. J’aime bien.

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