La Rivière de Cassis

Arthur Rimbaud

La Rivière de Cassis roule ignorée
En des vaux étranges :
La voix de cent corbeaux l’accompagne, vraie
Et bonne voix d’anges :
Avec les grands mouvements des sapinaies
Quand plusieurs vents plongent.

Tout roule avec des mystères révoltants
De campagnes d’anciens temps ;
De donjons visités, de parcs importants :
C’est en ces bords qu’on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
Mais que salubre est le vent !

Que le piéton regarde à ces claires-voies :
Il ira plus courageux.
Soldats des forêts que le Seigneur envoie,
Chers corbeaux délicieux !
Faites fuir d’ici le paysan matois
Qui trinqué d’un moignon vieux.

Arthur Rimbaud, Derniers vers

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Un commentaire sur “La Rivière de Cassis”

  1. Curieux

    dit :

    J’ai découvert ce poème récemment et je suis surpris que, alors que tant de gens s’interrogent sur le sens de l’expression « rivière de Cassis » (ou sans doute plutôt « de cassis »), personne apparemment n’ait pensé à la « rivière de cassis » (smorodina reka) qu’on trouve dans les contes russes, et qui sépare le monde des vivants du monde des morts. Est-il invraisemblable de penser que Rimbaud ait pu avoir connaissance de ce mythe, et qu’il y fasse ici référence ?

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