France, mère des arts, des armes et des lois

Joachim du Bellay

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558)

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6 commentaires sur “France, mère des arts, des armes et des lois”

  1. Khâgneux mécontent

    dit :

    Cher Jean-Marc DILHAN, c’est bien tout l’enjeu, il n’est pas là question que de chauvinisme mais bien de l’oeuvre qu’entreprend Du Bellay dans le cadre de la translatio studii et qui (malgré la distance que prennent Les Regrets) rejoint cette volonté de faire une Défense et illustration de la langue française. Il faut aussi noter qu’il s’agit bien d’un ethos d’exilé, à l’inverse d’un Ovide. Ce sonnet fait le lit de la partie encomiastique finale et à ce titre l’éloge à une France qui ne répond pas, qui ne peut répondre à la « querelle » prend un côté pathétique plus que nostalgique… La maternité n’est pas douteuse, c’est de la poésie.

  2. Jean-Marc DILHAN

    dit :

    Maternité douteuse puisque à l’époque, la mère des arts, c’est plutôt l’Italie, celle des armes, l’Espagne et celle des lois, l’Angleterre. L’exil et la nostalgie expliquent le chauvinisme.

  3. Lucas Beveraggi

    dit :

    Bonjour,

    Petite réponse à Malika : c’est magnifique ce que vous avez écrit. C’est très fort, très condensé. Ca dit beaucoup de choses. J’ai presque envie d’ecrire un article sur tout ce que ça implique.
    En plus il y a presque des alexandrins à un moment, on pourrait écrire :

    Aujourd’hui, la voici : piquée jusques au coeur,
    D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle.

    Olé.

  4. Malika Bouchek

    dit :

    Cette France de nostalgie. C’était avant les colonies, avant les débuts de ses follies. Aujourd’hui, la voici, la voilà piquée jusque au cœur, d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle. Puisse la résilience faire son travail et que toutes les sagesses du monde profitent à tous les peuples.

  5. CENDRE

    dit :

    Ce poéme, je l’ai récité lors d’une soirée théâtrale communale sur la scénette de théâtre de mon village natal et à l’oral du Cep. Je l’ai toujours en mémoire. A la mémoire de l’auteur et méditons sur la France de nos jours. Bon vent

  6. G.GRONDIN

    dit :

    Son sonnet « le champ semé en verdure foisonne » a inspiré mon tableau réalisé récemment. Merci ! Grand poète de la pleiade.

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