Las, où est maintenant ce mépris de Fortune

Joachim du Bellay

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l’immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune
Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté
Dessus le vert tapis d’un rivage écarté
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,
Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,
Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

De la postérité je n’ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558)

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4 commentaires sur “Las, où est maintenant ce mépris de Fortune”

  1. gérôme

    dit :

    Quels sont les regrets de Du Bellay à part le fait d’avoir quitté son pays natal, quoi d’autres ?

  2. Jean-Pierre Belot

    dit :

    Rares sont ceux qui comprennent le vrai sens du dernier vers. Les muses ne sont pas ce qu’on croit…

  3. LeTybreSeul

    dit :

    Étonnant que se dire fui des muses en des vers qui surclassent et relèguent à vile prose les Ronsard et autres pédants…

  4. mendousse-pineau

    dit :

    Le poète vieillit et se voit dépourvu d’inspiration. Les Muses le délaissent. Il se sent désemparé !

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