La lyre d’Orphée

Louise Ackermann

Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes,
Près de l’Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes
On vit longtemps encor sa lyre surnager.
Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger.
Le gai zéphyr s’émut; ses ailes amoureuses
Baisaient les cordes d’or, et les vagues heureuses

Comme pour l’arréter, d’un effort doux et vain
S’empressaient à l’entour de l’instrument divin.
Les récifs, les flots, le sable à son passage
S’est revêtu de fleurs, et cet âpre rivage
Voit soudain, pour toujours délivré des autans.
Au toucher de la lyre accourir le Printemps.

Ah! que nous sommes loin de ces temps de merveilles !
Les ondes, les rochers, les vents n’ont plus d’oreilles,
Les cœurs même, les cœurs refusent de s’ouvrir.
Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.

Louise Ackermann, Premières Poésies, 1871

Imprimer ce poème

Un commentaire sur “La lyre d’Orphée”

  1. fall

    dit :

    j’aime bien car c’est simple et compréhensive

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *