Recueillement

Charles Baudelaire

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Imprimer ce poème

12 commentaires sur “Recueillement”

  1. Joëlle Guibert

    dit :

    C’est ce poème qui m’est venu à l’esprit lorsque mon mari est mort. Ma douleur n’est pas sage hélas. Mais j’aime ce poème

  2. Pvog

    dit :

    Pour répondre à Leclercq : je me suis posé la même question — avant de me rappeler que le soleil se couche à l’ouest ; c’est donc de ce côté-là que la lumière s’attarde le soir, laissant avancer la nuit à l’est. On a tellement l’habitude d’associer l’orient à l’arrivée de la lumière que ce vers surprend et paraît d’abord faux — mais Baudelaire a bien vu, et a sûrement pris un malin plaisir à noircir l’orient, d’autant plus qu’il présente l’obscurité grandissante à l’est non comme le retrait de la lumière mais comme l’avancée de la nuit. Les images de Baudelaire sont souvent d’une richesse surprenante et comme inépuisable ; celle-ci est une des plus complexes et des plus belles, à mon sens.

  3. Dominique Palmé

    dit :

    Monsieur Gobfiler, votre commentaire laisse à penser que vous êtes insensible à la singularité de Baudelaire, et à la mission de la poésie authentique : transmettre une autre vision de la réalité intérieure, grâce à des mots et des « images » irrationnels peut-être – ce que vous appelez un « infâme galimatias » -, mais portés par la beauté d’une « mélodie » (cf. Verlaine). Vous avez tout à fait le droit d’avoir un autre point de vue… encore faudrait-il l’argumenter, et ne pas vous contenter de termes presque insultants (qui montrent, et c’est intéressant, que ce « Recueillement » vous dérange, et même vous irrite). À ce propos, l’analyse si humoristique que fait Marcel Aymé d’un autre poème de Baudelaire (« La Beauté ») dans « Le confort intellectuel » est un véritable morceau d’anthologie. Preuve par l’absurde qu’un poème peut être illogique, verbeux, parcouru de métaphores approximatives… et qu’il en reste toujours « autre chose » : cette « beauté » qui demeure insaisissable à un esprit trop « logique ».

  4. Leclercq

    dit :

    Pourquoi voit-il le long linceul de la nuit marcher à l’orient plutôt qu’à l’occident? J’aurais aimé lui poser la question… Entendre sa réponse…

  5. Isab

    dit :

    Un poème élégiaque, sombre. Il suffit d’en analyser le champ sémantique : obscur , linceul, mortel, vil, fouet, regret, remord, bourreau sans merci, défuntes années, moribond…

    L’homme en victime de ses plaisirs. Une réflexion qui va bien à notre époque.

  6. Michel

    dit :

    Cher Monsieur avec les galimatias a dû mourir depuis… fallait-il qu’il souffre ! Je l’aime.

  7. Incognito

    dit :

    Je lis avec surprise les commentaires dégradants. Ce poème me parle infiniment, un de mes préférés, un honneur de le savoir par cœur

  8. Quintana Roger

    dit :

    Parmi les gogos il y a les plus grands poètes (Rimbaud, Verlaine…) quelle prétention jeune homme, le galimatias doit être votre marque de fabrique

  9. Herman Gobfiler

    dit :

    Infâme galimatias recherche de sonorités avec des mots gargarisés susceptibles d’images Qui finalement ne veulent rien dire. Il convoque sa douleur à une célébration misanthropique vue des balcons du ciel (ça fait bien). Ce n’est pas avec des obsèques de soleil qu’il va calmer sa douleur. Redondance pour gogos qui se laisseraient prendre.

  10. Bernard MAROY

    dit :

    Surement un des tout meilleurs poèmes de la langue française.

  11. Malbax

    dit :

    Ô grande et puissante, sois forte nous sommes deux

  12. daibouk

    dit :

    ma pauvre douleur, de tout ces bonheurs ne soit pas si dédaigneuse car ton grand cœur n’est rien sans vrai cœur!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.