L’horloge

Charles Baudelaire

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

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39 commentaires sur “L’horloge”

  1. Reiky Matsu

    dit :

    Un de mes poèmes favoris

  2. Jean-michel

    dit :

    Évocation, ingratitude de la vie: de belles métaphores, pour exprimer les ravages du temps et on ne peut qu’associer ce poème à réversibilité (Baudelaire) « ange plein de beauté connaissez vous les rides et la peur de mourir et ce hideux tourment de lire la secrète horreur du dévouement dans des yeux ou longtemps burent nos yeux avides »

  3. Jean-michel

    dit :

    La poésie est un état mental qui te mène au nirvana. Je m’en sers tous les jours pour calmer les colères, m’endormir, admirer, évoquer l’indicible, et je les mets en musique (apprends toi à les réciter en rythme). Évidemment au début c’est un travail fastidieux comme une préparation. Si vous voulez sauver la langue française. Il faut l’écrire, la chanter pas besoin d’être titré, lettré, juste l’envie. Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie.

  4. Yves

    dit :

    Mylène Farmer l’a chantée car elle est une admiratrice de Baudelaire, n’en déplaise à certain pisse-vinaigre du caniveau, qui déteste pour détester, comme la pie jacasse ou le chien aboie.

  5. Hera

    dit :

    Un splendide poème qui attire malheureusement quelques imbéciles avec un complexe de supériorité dans les commentaires, qui vantent la prétendue supériorité du passé sur le présent, se délectant de pouvoir comparer un poète du dix-neuvième siècle siècle à une chanteuse qui est arrivée plus de cent ans après lui et à un rappeur qui était encore populaire il y a à peine dix ans, persuadés de la pertinence de leur non-analyse. Peut-être devraient-ils porter une plus grande attention au texte qu’ils chérissent tant car ils réaliseraient qu’ils ne feront pas long feu, là où les œuvres qu’ils décrient avec tant d’aigreur leur survivront longtemps après leur disparition. Que c’est triste d’être eux. Tic… Tac…

  6. Claude foucart

    dit :

    Poésie à poête… M Farmer?? Ce vieux Léo l’interprète ainsi que d’autres poèmes de Baudelaire… à chacun son boulot!

  7. Maurice

    dit :

    Trop cool ce texte !

  8. vericsnake

    dit :

    Un très beau poème que je connais depuis des années, je trouve que l’interprétation de Mylène est très belle, elle a au moins pour mérite de le faire connaitre. Je le redécouvre car ma fille passe son bac de français. Pour ma part, à mes 17 ans je le trouvais déjà magnifique, mais désormais à 50 ans, ça me donne envie de me faire mon premier tatouage, une horloge pour défier ce temps que je ne peux maitriser !

  9. Bou

    dit :

    Si jamais au lieu de commenter un « Ce n’est pas bien joyeux ça » c’est le principe du spleen et de cette période mélancolique. C’est pas fait pour être joyeux.

  10. Lu

    dit :

    Dure est la vie, sûre est la mort!

  11. Alex

    dit :

    A raper en style IAM ça sort trop bien !!!

  12. gabi

    dit :

    Pour le comprendre il faut l’étudier.

  13. René

    dit :

    J’ai appris de nouveaux mots …entre autre…

  14. Titi

    dit :

    Magnifique poème, chanté magnifiquement par notre Mylène national dont Baudelaire serait très fier…

  15. Gaubert

    dit :

    Obsession du temps quand tu nous tiens. Pourtant le temps n’existe pas, il ne passe pas, c’est nous qui passons.

  16. michel delrue

    dit :

    Nan mais sérieux! Ça nous sort des Mylène Farmer, alors lit un poème d’un des plus grands poètes… Et ça nous bassine avec l’autre tarée… Pfff

  17. aya

    dit :

    Ce texte n’est pas mal, mais ce n’est pas très joyeux tout ça!

  18. Asphodèle….

    dit :

    Pourquoi vouloir expliquer avec des mots ce qui ne peut se percevoir qu’avec le coeur ! La poésie ne se décortique pas comme un jeu de lego… elle respire avec l’âme. Laissons au poète son œuvre.

  19. JUNIOR

    dit :

    S’il vous plaît qui peut me donner la tonalité de ce poème ?

  20. Traxel

    dit :

    Le sens est dur à comprendre.

  21. Omnes Antoine

    dit :

    Incroyable interprétation de ma Mylène

  22. Bruno

    dit :

    Tres beau texte, entendu pour la 1ere fois lors du concert de Mylene Farmer en 1989, en premiere chanson. J’adore. Et en 2019, lors de sa tournee, elle nous a fait la surprise avec ce titre pour son final extraordinaire. Beaucoup d emotion, et une peur qu’elle ne revienne pas,

  23. Jean Rollin

    dit :

    Je réponds à quelques questions posées plus haut :

    – Les techniques utilisées : argumentation, réalisme, dramatisation.

    – Le nom du poème est « L’horloge », le nom du recueil est « Les fleurs du mal » ( signifiant : le bien et le beau ne s’opposent pas au mal et au laid, ils s’entremêlent, se complémentent.).

    – Merci d’avoir remarqué « le coup » du 24 (heures) !

    – Merci à (Seul tagué) « Kaliste » pour son [ Je plagie. ] « On apprend mais ça nous sert à rien car plus on apprend plus on va mourir bientôt ! » : Terrible ironie non retenue par Beaudelaire !

  24. bodin

    dit :

    Excellent, ce n’est pas le français de bobba

  25. Raptus

    dit :

    Magnifique interprétation de Mylène Farmer, magnifique spectacle, magnifique texte

  26. Xavier

    dit :

    Une interprétation magistrale de Mylène Farmer dans son dernier live Musique interprétation et images. Baudelaire serait fier ce voir ça !

  27. paul

    dit :

    Une oeuvre magistrale

  28. Bruno

    dit :

    Bon résumé kalite !

  29. REYS PUBLICA

    dit :

    Une source inépuisable pour les commentaires littéraires !
    On peut lire dans ce poème l’affrontement protéiforme entre Baudelaire, « mortel folâtre », et son Ennemi, le Temps ; contrairement à ce que peut suggérer une première lecture, l’analyse approfondie conduit à considérer la victoire incontestable du poète sur le Temps.
    Carpe diem !

  30. JEAN

    dit :

    Ça se situe où dans le recueil?

  31. Prosidéon…

    dit :

    24 vers qui sonnent tous comme des éphémères heures, la fatidique annonce la mort. Ensuite l’éternelle question du tempus fugit, chronos est vainqueur à tous les coups. Si le temps parle toutes les langues ce que le résultat est universel quoi qu’il arrive. Beaucoup de personnifications à l’intérieur de ce poème, le temps nous interroge, nous parle, et s’enfuit…La poésie est immortelle par contre la vie sur terre est chronométrée pour tout être vivant, maintenant l’écriture reste, tout comme sa compréhension.

  32. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    A découvrir ou re-découvrir : la superbe interprétation de ce poème par Mylène Farmer sur une musique de Laurent Boutonnat, dans l’album « Ainsi soit-je »…

  33. Kalite

    dit :

    On comprend mieux la vie quand c’est la fin mais on n a pas le temps d’utiliser ce nouveau savoir que la mort nous arrache.

  34. Lucille.Kpop

    dit :

    Le titre c’est l’horloge ou les fleurs du mal? x)

  35. GeigerFour

    dit :

    A lire et mediter … Tout est dit !

  36. BONEZIA

    dit :

    L’obsession temporelle qui, obnubile le poète qui ne parviendra jamais à construire son oeuvre idéale et parfaite du Beau car le « mignon » le dévore chaque jour un peu plus.

  37. CarrY2WiN

    dit :

    bonjour!j’ai un devoir à faire sur les poèmes et j’aime beaucoup celui-ci!
    je voudrais juste savoir quelle est la technique employé dans ce poème.
    Merci!

  38. Maxiguens

    dit :

    Du Baudelaire tout craché 😀

  39. MMMM

    dit :

    eu…. c’est pas très joyeux tout sa!

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