Le secret des fleurs sauvages

Jérôme Matin

Nul autre vent que celui qui effleure les montagnes
Ne saurait percer le secret des fleurs sauvages
Un chant saturé
Un poème raturé
La grâce n’illumine que les êtres torturés

Elle
Jadis l’innocence effritée
Elle et sa beauté sciée à bout touchant
Rires et pleures noyés dans l’obscurité
Comme la lune naissante au soleil couchant
Cette femme qui me sourit, cachée d’un bouclier
Je sais son cuir aduré par la douleur
Ses secrets portés dans une poche près de mon coeur
Comme un repas partagé entre deux prisonniers

Trombes et éclairs peuvent troubler l’accord céleste
L’arc-en-ciel toujours rétablit l’harmonie
Quand poignent à mon esprit quelques pensées funestes
Je songe à ce rire dénué de cérémonies
Serait-elle aussi belle sans le feu et la glace
Sans la mémoire et l’oubli, la pudeur et l’audace
Un chant fracturé
Un poème censuré
La grâce n’illumine que les êtres torturés

Elle
De passion sauvage
Insatiable d’amour
L’élan de son coeur ne connaît point de détour
Un amour incarné par le hurlement de la louve
Une rouge passion dans laquelle je me retrouve

Son armure tombée, la muse prend pause
Et mes lèvres brûlent de ces mots défendus
Elle m’offre son sourire, l’instant est précieux
Le temps d’un soupir, plus rien n’existe à mes yeux
Alors j’écris, exalté, dans le silence qui s’impose
Les doigts fumants de ces gestes suspendus

Nul autre vent que celui qui effleure les montagnes
Ne saurait percer le secret des fleurs sauvages
Un chant murmuré
Un poème hachuré
La grâce n’illumine que les êtres torturés
Qui triomphent des abîmes et brisent leur carcan
Nul terre n’est plus fertile que le crachat du volcan

Jérôme Matin, 2019

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