Je prendrai par la main les deux petits enfants

Victor Hugo

Je prendrai par la main les deux petits enfants ;
J’aime les bois où sont les chevreuils et les faons,
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l’ombre effrayés par les branches ;
Car les fauves sont pleins d’une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur fait peur.
Les arbres ont cela de profond qu’ils vous montrent
Que l’éden seul est vrai, que les coeurs s’y rencontrent,
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain ;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C’est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J’entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche
Que mènent les enfants, je réglerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
Ô vaste apaisement des forêts ! ô murmures !
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.

Victor Hugo, L’art d’être grand-père, 1877

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2 commentaires sur “Je prendrai par la main les deux petits enfants”

  1. Nabil Warda

    dit :

    Pourrait-on mieux dire?

  2. Jean

    dit :

    Hugo c’est toujours, pour moi, un cours d’eau… du plus petit ruisselet au clapotis discret jusqu ‘au fleuve en furie emportant tout sur son passge. Un cours d’eau s’écoule naturellement comme les mots, les phrases, les poésies d’Hugo. Je retiens certains vers pour le seul plaisir de la musique qu,ils engendrent quand je me les recite.

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