Chant d’automne

Charles Baudelaire

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

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17 commentaires sur “Chant d’automne”

  1. Dominique

    dit :

    Gabriel Fauré ajoute sa « vision musicale » dans une mélodie troublante. Op.5 N°1. Belle fraternité avec Charles Baudelaire.

  2. Yaminohi闇の火

    dit :

    Magnifique, j’adore ce poème, la première partie notamment, pour moi la poésie se ressent avant tout, et là on est servie, quand l’automne vient, ou que c’est l’hiver, que je regarde le paysage, c’est à cette poésie que je pense, la poésie doit toucher notre âme et nos sentiments avant tout à mon avis, elle transmet des émotions. De plus le vocabulaire est riche, adapté et magnifique, et ça manque parfois dans certaines poésies.

    Fan2poesie, votre commentaire est navrant et ne va pas vraiment avec votre pseudonyme à mon avis, enfin remarque si ça ne vous touche pas pourquoi pas, mais disons que votre commentaire sied pas vraiment à une critique de poésie.

  3. Marcelin

    dit :

    J’aime…

  4. Mo

    dit :

    j’adore!

  5. Roussel mickael

    dit :

    L automne me semble il est une longue et terrifiante descente vers les abîmes de l’hiver. Comme un grand voile noir qui recouvre tout notre être. Une descente inéluctable vers les bas fonds. Personne ne peut y échapper. Cette sorte de spleen qui s’empare de nous dès que les jours diminuent. Je te haie vieille sorcière sous tes airs de princesse avec ses si belles couleurs qui te parent tu n’es en vérité qu une briseuse d’âme.

  6. Andrea FARGEOT

    dit :

    Jamais un automne ne se passe sans que « chanson d’automne » ne se déclenche dans ma tête au bruit cadencé d’une tronçonneuse qui rythme la coupe des troncs de fayards nouvellement sortis de la forêt. C’est fabuleux… Merci.

  7. mounira reggad

    dit :

    J’adore l’automne.

  8. Imminence

    dit :

    J’ai une préférence pour la première partie. Les vers s’enchaînent avec une facilité et une justesse déconcertantes. Magnifique.

  9. toure karamoko

    dit :

    Des mots justes. Des vers simples. Un poeme impressionnant.

  10. chris dawson

    dit :

    Magnifique poème où Baudelaire exprime toute sa sensibilité, particulièrement sa tristesse.

  11. Létang

    dit :

    Baudelaire fait ici me semble t’il l’apologie de l’été et du soleil qui pour lui est source de vie; l’automne et l’hiver serait pour lui le rapprochement avec la mort puisque tout bruit suspect est relié à la mort (construction d’un cercueil). Baudelaire nous dit qu’il cesse de vivre lorsque les rayons de soleil ne sont plus là; même l’amour lui semble moins important. On a l’impression qu’il se replie sur lui même en attendant de nouveau la belle saison, celle qui la fera revivre s’il passe l’écueil de cet hiver maudit.

  12. dimajo

    dit :

    Sublime poème… ils ont tous disparus. La relève où est elle? Peut être la poésie n’intéressë plus grand monde. Dommage si ç’est le cas.

  13. Pierre

    dit :

    C’est sur la mort qui vient.

  14. Poèteenherbe

    dit :

    Quels beaux poèmes ! Mon préféré est le premier mais Charles Baudelaire avait vraiment un don ! Fan2poésie, si tu l’es vraiment, tu ne peux pas dire ça d’un poème comme celui-ci ! Et pour un fan, ton commentaire est assez osé ! Merci pour ce merveilleux site, les poèmes y sont géniaux !

  15. fan2poésie

    dit :

    J’aime quand je ne comprends rien, et la, en occurrence, je suis servi ! C’est quoi ce charabia ?

  16. evenise26

    dit :

    Trés beau poème, je l’adore !

  17. miss princesse

    dit :

    Cette divinité touche notre âme, merci. Mes progénitures adorent votre site si splendide soit-il!

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