Sur la route d’Elizondo

Villebramar

à M…

« queda la palabra « Yo »
para esa,
por triste, por su atroz soledad,
decreto la peor de las penas :
vivir conmigo hasta el final »
« Reste le « Je ».Pour ce mot-là,
pour sa tristesse, pour son atroce solitude,
je décrète la pire des peines :
il vivra avec moi jusqu’à la fin »
María Mercedes Carranza

je t’ai demandé de me suivre
sur la route d’Elizondo
aux croisements étaient des noms que nous ne comprenions pas
sinon par la langue du coeur
j’ai voulu t’apprendre la langue du coeur

je t’ai dit que plus jamais ne serions tristes
sur la route d’Elizondo
suivant les sentiers de fougères rouges
et les cols descendaient vers un pays autrefois nôtre
cheminant vers l’Est, nous avons croisé des pèlerins aux pieds nus ;
dans leur regard, d’autres mondes
je t’ai dit qu’existaient d’autres mondes

j’ai espéré pour nous un pays de silence
sur la route d’Elizondo
les vautours étaient ce silence
tournant dans un ciel de lumière

je t’ai dit que le soleil ne se couchait jamais
sur la route d’Elizondo
qu’ici s’arrêtait le monde, cessaient de déclamer les messagers de mort
ici s’écoutait le silence de dieu ;
sous les hêtres d’anciennes neiges
parfois nous perdant par jeu
sur la route d’Elizondo
je t’ai demandé de rester
pousser une porte sur laquelle jamais il n’y eut de clé
seulement un loquet
lever le loquet, pousser la porte, poser le sac sur le bat-flanc et s’étendre
et la chanson si monotone de la pluie
sur la route d’Elizondo
un feu de bois pour écarter la mort.

J’ai voulu t’épargner la tristesse de la nuit
que nos jours se lèvent sur d’autres ciels bleus
d’autres sentiers d’autres cols vers des pays étranges
sur la route d’Elizondo

«escribo en la oscuridad,
entre cosas sin forma, como el humo que no vuelve…
… palabras que no tienen destino
y que es muy probable que nadie lea
igual que una carta devuelta. Así escribo»
« j’écris dans l’obscurité,
parmi des choses sans forme, comme la fumée qui ne revient pas…
…des mots sans destination
et que très probablement personne ne lira.
Comme une lettre renvoyée. Ainsi j’écris »
María Mercedes Carranza

Villebramar, Hondarribia, 2019

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