Élévation

Charles Baudelaire

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

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41 commentaires sur “Élévation”

  1. Badignon

    dit :

    Merci Agathe ! Il s’agissait d’ un autre libériste… mais après tant de miasmes il etait urgent qu’il s’envole, délivré.

  2. Agathe

    dit :

    Quelques mots à l’intention de Blandine, pour faire écho aux siens, que je viens de lire :

    [ Blandine Badignon dit :

    J’ai lu ce poème à mon fils.
    Il était, jeune quadragénaire,
    sur son lit de mort à Jeanne Garnier.
    Je souhaitais pour lui cet envol
    dans l’éther loin de
    la pesanteur « terrienne ».

    – 26 mars 2023 à 9:55 – ]

    Chère Blandine,

    Moi qui ne suis jamais sur les réseaux, moi qui n’ai aucun abonnement
    à aucun blog, ou site, ou quelconque endroit relié à la toile…
    Moi qui n’ai donné mon avis en ligne qu’à de très très rares d’occasions,
    lors de situations très exceptionnelles, j’avoue avoir été saisie…
    Saisie au cœur…
    À l’esprit…
    Tout d’abord par ce poème,
    qui fait naître de vives émotions.

    Mais…
    Comment imaginer qu’immédiatement après cette lecture, il eut été possible d’être traversée par une émotion encore plus vive ?
    Si puissante et si brute…
    qu’il ne m’était pas possible
    de garder le silence.

    J’ignore si ce message vous parviendra, le hasard peut-être jouera le jeu ?
    Je souhaitais simplement vous dire
    qu’à ce moment précis, toutes mes pensées sont pour vous.
    Trois ans, cinq mois, un jour,
    vingt et une heures et quarante-deux minutes séparent votre message
    de celui que je suis en train
    de vous envoyer.

    J’espère que mes condoléances,
    au sens littéral que ce mot désigne, sauront trouver le chemin
    et arriver jusqu’à vous.

    J’ai grosso modo l’âge que
    votre fils avait au moment
    de cette lecture dont vous parlez
    dans votre message.

    Je suis une grande amoureuse
    des mots, et je suis très attachée
    à notre langue française,
    et à tout ce qui nous permet
    de communiquer.

    Néanmoins, il existe en France
    un manque terrible dans
    notre dictionnaire..
    Nous ne savons, nous ne pouvons,
    ou nous ne voulons désigner
    par un mot, ce que des parents,
    un père, une mère, deviennent
    à la disparition d’un enfant.
    De nos parents, nous devenons orphelin.
    De nos conjoints, nous devenons
    veuve ou veuf.

    Et qu’en est-il de la perte d’un enfant ?
    C’est une question actuellement posée officiellement, et pour l’heure, rien n’est joué …
    Heureusement !
    Car la proposition en cours
    est terriblement mièvre,
    en décalage complet avec
    le thème de cette terrible question.

    “ Parange ”
    Association grossière des mots
    ‘parent’ et ‘ange’ …
    … rien ne va !
    Ni dans le fond ni dans la forme !!

    Blandine, votre lecture
    à votre fils est d’une beauté
    et d’une poésie inouïes…
    J’espère que cet instant que
    vous lui avez offert, durant
    ce temps de lecture, ce temps suspendu, entre chien et loup…
    j’espère que cela a pu devenir
    un soutien, comme une main
    à laquelle s’agripper, une épaule
    sur laquelle se poser, je vous le souhaite du fond du cœur.

    Sans évoquer la réincarnation
    ou quelconque vie après la mort,
    je suis convaincue que l’on ne meurt jamais vraiment, que s’il n’y a plus d’amour dans le cœur des vivants.

    Et en vous, cela ne fait aucun doute, l’amour pour votre fils est bien plus que vivant, je suis certaine qu’il est débordant, passionnant !

    Prenez bien soin de vous et de votre amour-là, je crois bien que nous n’avons finalement rien de plus précieux.

    Agathe

  3. Jean-Paul Galdiès

    dit :

    En 1977, lorsque la sonde spatiale Voyager I s’est élancée « par delà les confins des spheres étoilées », elle emportait des échantillons des principales langues parlées sur Terre. Et, précisément, on avait choisi ce poème comme « ambassadeur » de la langue française. Dommage qu’un fin connaisseur de Baudelaire tel que Georges Pompidou ne l’ait pas fait figurer dans son Anthologie de la poésie française.

  4. Ludo

    dit :

    Seul poème que je connaisse par coeur!

  5. Franck

    dit :

    En tant que libériste (deltaplane) ce poème me touche particulièrement et probablement un peu différemment. Je suis ravi de constater que tout le monde éprouve quelque chose de spécial à la lecture de ce poème !

  6. Yasmine

    dit :

    « pensers » est correct : il s’agit d’une graphie vieillie ou poétique, qu’on retrouve ailleurs
    cf TLFI : https://www.cnrtl.fr/definition/pensers

  7. Poet poet

    dit :

    Charles nous invite avec ce magnifique poème a nous extraire du quotidien brumeux, pour ne pas dire glauque qui en ce bas monde nous submerge. La bétise des hommes, de la guerre, de la faim, du pouvoir… il s’en affranchit en nous invitant à prendre de la hauteur…
    Une méditation sur la mort en quelque sorte.

  8. Barthe Alain

    dit :

    Dans les moments de ma nuit noire de l’âme, il me plaît à réciter ce poème de Charles Baudelaire et par la magie de ses mots me voilà transporté dans l’au-delà des maux …les espaces limpides …les champs lumineux et sereins …et me ramène à d’autres mots du poète …l’inaccessible Azur …soit sage Ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille …tous l’univers de Charles …cette idéal d’un autre monde comme une mère patrie dont le souvenir reste omni présent dans mon inconscient …au milieu des tracas qui chargent de leur poids nos existences brûmeuses …il atteint là les fibres de ma sensibilité par résonance …moi son semblable son frère…

  9. JULIEN PROCYON

    dit :

    Au-delà des vastes chagrins et des problèmes matériels qui émaillent nos existences trop brèves, sachons apprécier le langage des choses muettes et de l’invisible qui nous attend tous, et traduit la présence d’une force supérieure universelle exprimant une autre volonté

    En dépit du matérialisme qui imprègne notre siècle, le rôle que pourrait jouer les forces de l’esprit reste toujours d’actualité…

  10. JULIEN

    dit :

    Ce chef d’œuvre exprime ce qui peut être le meilleur, le plus précieux le plus profond, car expérimenter la vie avec bonheur c’est prendre conscience à tout instant de la beauté et du caractère improbable de notre naissance, en dépit « des vastes chagrins qui chargent de leur poids l’existence brumeuse »…

  11. paule marie Hautier

    dit :

    Je cherchais un poème du « grand » pour introduction à quelques modestes de mon cru et j ai trouvé ELEVATION. Tout est dit. Merci Charles

  12. Henri-Stéphane DANJOU

    dit :

    Merci à Charles pour cette respiration.

  13. Arthur Morgan

    dit :

    Les fleurs du mal de Charles Baudlaire, et plus précisement « élévation », j’en ai peur d’écrire dessus tant je ne voudrais pas rabaisser la hauteur de ce poème. C’est sans doute pour moi dans les plus grand accomplissement qu’un Homme peut atteindre, sincèrement. Ici regorge pour moi tout ce qu’il y a de plus beau, de plus primordial et de plus inspirant de nos vies, le pinacle de la réalisation de l’humain. Baudelaire ici nous a présenté dans les plus grandes preuves de génies au monde, ce poème est si puissant, un réel maintient pour les moments les plus bas de nos vies où nous doutons des choses les plus profondes. Le Beau avec un grand B nous est peint avec tant de perfection, d’exellence et de retenue, l’utilisation la plus talentueuse de la langue française à ce jour. Ce poème m’a définitivement marqué et pour toujours, initialement arrivé à un moment si particulier de ma vie où je n’y voyais plus rien d’inspirant, je me plongeais dans des pensées si nihilistes qu’aucun concept de cette vie pouvait me ramener à la raison; mais si justement, c’était le prologue de quelque chose de gigantesque, de littéralement ce qu’il y a de plus grand au monde. Elévation m’a apporté une révélation qui demanderait le plus grand génie au monde pour être bien décrite, c’est quelque chose d’impossible deviner et appréhender avant que cela nous arrive. La lecture mais surtout la sincère compréhension de ce poème m’a apporté tout ce dont j’avais besoin pour définitivement changer et ne plus jamais repasser par des phases si basses comme cette dernière. Après cela, plus rien n’était comme avant, plus jamais de simples événements qu’on pourrait qualifier de « mauvais » et si bas pourraient m’empêcher d’être constamment inspiré par cette beauté si évidente et omniprésente de notre existence, ça m’a apporté toute les clés pour comprendre la réelle définition du bonheur, que ce n’était pas une phase mais un état constant, que quand nous l’avons atteint tout prend un autre tournant, tout y est plus pure, plus sain, plus harmonieux, plus grandiose, plus beau tout simplement. « S’envoler bien loin de ces miasmes morbides » n’est pas tache facile tant nous y sommes plongés depuis un trop grand temps sans même que ça nous vienne à l’idée de remettre tant de choses en question, mais y réussir signifie énormément de choses, c’est l’avènement d’une nouvelle dimension dans nos vies, une tournure totalement différente de nos manières de penser, de veiller et de comprendre. Atteindre ce moment où nous comprenons sans effort le langage des fleurs et des choses muettes est une réelle finalité, cela devrait être le but ultime de tout Homme, une constante recherche de réponses qui importent vraiment, une quête de savoir sans digression vers d’autres thèmes, car ça nous est tellement récompensé. Comme Baudelaire le dit, « Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse, S’élancer vers les champs lumineux et sereins », « Heureux », n’est ce pas ça la plus grande des récompenses ? Evidemment que si, et elle arrive seulement après un grand périple dans tous ces thèmes si abstraits de notre vie et impossible à appréhender avec perfection; mais nous trouvons finalement un fin mot de tout ça, un réel absolu, mais ceci est réservé pour les plus rigoureux des penseurs, pour ceux s’étant totalement détaché de ce qui peut les ramener dans cette base masse de « miasmes morbides », pour les esprits les plus purs et réfléchis. Ceux n’ayant plus peur de confronter cette « immensité profonde » sont les plus épanouis d’entre nous, et vous n’en trouverez jamais des éléments pouvant les rendre semblables à ceux qui subissent la vie et ne planent pas au dessus. Pour conclure c’est ici que nous retrouvons tout l’essence de l’Homme, que nous pouvons être à jamais couvert par la joie et le bonheur d’avoir expérimenté la vie et que nous sommes reconnaissant de tout ce qu’elle peut apporter, c’est ici qu’on atteint les sujets les plus élevés de tous; merci Baudelaire d’avoir peint le Beau avec tant de perfection, merci énormément.

  14. Cécile Garnier

    dit :

    Bonjour Chris je pense que vous devez faire la diérèse sur les 2 « i » ainsi vous aurez 12 …

  15. Blandine Badignon

    dit :

    J’ai lu ce poème à mon fils. Il était, jeune quadragénaire, sur son lit de mort à Jeanne Garnier. Je souhaitais pour lui cet envol dans l’éther loin de la pesanteur « terrienne ».

  16. Nadine Trousset

    dit :

    Sublime! je ne m’en lasse pas et je l’ai appris par coeur.

    Les pensers = pas de faute, comme le boire, le manger.

  17. Stéphane Hayoz

    dit :

    Beauté des images, choix des mots et des concepts, qualité et rigueur des alexandrins ; du grand art, c’est sûr !

  18. Sk

    dit :

    Avez vous des arguments pour justifier votre choix d’aimer ce poème ?

  19. Magri

    dit :

    Merci Baudelaire

  20. Chris

    dit :

    Merci bien sincèrement à Bernard Voyageur pour sa claire explication sur l’alexandrin :

    « Va te purifier dans l’air supérieur »

    Effectivement c’est bien ainsi que j’aurais dû le lire !
    et non BAUDELAIRE ne peut faire ce genre d’erreur !

    Désolée… et encore toute mon admiration pour ce magnifique poème !

  21. Emmanuel Glamy

    dit :

    Simplement magique !! L’un de mes poèmes préférés chez Baudelaire.

  22. la queeeeeen

    dit :

    Magnifique poème ! Il nous transporte dans un autre monde, juste woaw !

  23. DUPRE

    dit :

    Celui dont les pensées…et non penser! Merci de corriger.

  24. Bernard Voyageur

    dit :

    @ Chris

    C’est bien un alexandrin ! ☺

    Il faut décompter ainsi:
    Va /te /pu/ri/fi/er /dans /l’air /su/pé/ri/eur 12

    L’hémistiche est à purifier et purifier ainsi que supérieur
    comportent des diérèses.

    Je pense que vous avez compté ainsi:
    Va /te /pu/ri/fier /dans /l’air /su/pé/rieur 10
    Ce qui vous donnait 10 pieds…..des fautes impossibles chez Baudelaire

  25. Chris

    dit :

    Un poème magnifique que j’ai aussi appris en cours et n’ai jamais oublié…

    Juste un petit bémol dans la forme : pourquoi dans la 3ème strophe, la 2ème phrase n’est pas un Alexandrin ?

    « Va te purifier dans l’air supérieur »…

    Ce vers casse un peu l’harmonie mais n’enlève en rien à la beauté du poème. Magique !

  26. alex

    dit :

    Ce poème est de loin le plus beau que je connaisse. je ne pourrais jamais m’en masser tellement il rend compte de l’intangible avec perfection. Je le fait découvrir aujourd’hui à mon fils de 10 ans qui est déjà touché par la beauté dont il rend compte.

  27. christian Braibant

    dit :

    Ce poeme fut un de mes choix en classe de poésie, il y a plus de 50 ans. Je n’avais pas percus à l’époque, que sous ses airs légers se révélait un voyage halluciné.

  28. Lucas

    dit :

    Inégalé… Charly, you re definitly the best!!

  29. leduc

    dit :

    les pensers ?

  30. Tu connais

    dit :

    Moeeee bof bof

  31. Noémie

    dit :

    Ce poème représente tout pour moi, il m’a suivi dans les moments difficiles de ma vie… Comme une bouée au milieu de ma mer intérieure…

  32. A

    dit :

    À qui s’adresse Baudelaire ?

  33. Cathy

    dit :

    Très beau, on se laisse aller et on « s’envole »…

  34. Un nom pour l’art

    dit :

    Sublime.

  35. Rose dgi

    dit :

    Très beau poème qui m’a transporté. Subtile, léger, qui nous fait voyager. Un chef d’oeuvre de la langue française.

  36. Aglarion

    dit :

    Elevation, pour moi, c’est un aboutissement, un pur chef d’oeuvre, non seulement dans la poésie de Baudelaire, mais dans la poésie tout court. Il est très difficile d’allier le fond et la forme. Ici, tout y est !

  37. Margaux

    dit :

    Date ? 🙂

  38. AJC

    dit :

    Un des nombreux poèmes qui font honneur à notre belle langue. Dans une suite de mots et de phrases qui « coulent » sans entrave, apparaissent des images, des sentiments, de la réflexion et des conseils à propos de la vie. Un chef d’oeuvre. En somme prendre la vie avec philosophie! Facile à dire mais…

  39. Tabatabai Ardavan

    dit :

    Un très beau voyage mystique.

  40. Le Prince

    dit :

    Un bijou terrible de la poésie. Une double beauté, sur la forme bien sûr, subtile et profonde, mais aussi sur le fond, grandiose et pénétrant.

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