L’attente

Guillaume Apollinaire

On attend le moment de gagner la victoire
On espère l’amour, on espère la gloire
On cueille des lilas

Derniers lilas pareils à des baisers très las
On attends des baisers plus doux que cette lune
Et les fleurs du printemps tombent l’une après l’une
La couille de Japonais rôtie et remplie de chiures de mouche

Le puceron du rosier

C’est une perspective mieux que celle de Nevsky

Une couleuvre avec un archevêque

Le pape est généralissime

On a joué la Brabançonne et les nerpruns fermaient l’horizon

On portait des poteaux télégraphiques de rechange

Les alluvions les plus récentes

Ô tranchée blanche ouverte comme un œuf à la coque

Les grenouilles immobiles la tête hors de l’étang

Tes cheveux aussi doux que des morceaux de sucre

Il y a une horloge qui ne montre que le blanc de l’œil

Tes nichons rempliraient un quart de cavalerie

Escalier en spirale plus beau roman des temps modernes

Elle a des poils en fils de fer barbelés

Narines chevaux de frise

Mais où est le sycophante pour que je revoie

Au moins la figue

Cette petite fille avait le grade de commandant

Toutes tatouée des seins exactement comme des bananes

Il y a ici un ancien marin qui a sodomisé un Hindou

Le veau d’or a tiré son coup

La boulangère est avec le Sénégalais

Les cages dorées où sont les Japonaises

Nuit et nuit et les lilas qui meurent

Il faut tourner rapidement en suivant une courbe du second degré

Pour revenir aux jours les plus charmants des jours passés qui pleurent

Un servant
fait comme Diogène faisait et se branle devant l’Armée

il y a aussi quelqu’un
Qui se fait pomper le cyclope avec une pompe à bicyclette

Courmelois, fin mai / début juin 1915

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

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