Voyelles

Arthur Rimbaud

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Arthur Rimbaud, Poésies

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34 commentaires sur “Voyelles”

  1. Fred

    dit :

    Muuuahahahahaha ! non j’aime bien les commentaires ! Et si, tout simplement, Rimbaud avait eu (attention hein !) dans son enfance… un jeu avec des cubes de couleurs… dont le I était rouge le O bleu etc…. on aurait déjà plus besoin de dieu de tantrique d’érotisme et de toute la panoplie habituelle ?

  2. Mary

    dit :

    Haaa… Y en a qui ne se sont vraiment pas renseignés et qui disent n’importe quoi sur ce que dit le poète. Il est vrai que j’ai découvert ce poème après avoir appris moi même ce que je suis. Je suis synesthète graphème-couleur. Je perçois les chiffres, les lettres, les jours, les mois, les heures avec des couleurs. Chaque synesthète (Rimbaud en étant un pour ceux qui ne le savent pas) perçoivent les choses différemment. Tandis que pour Rimbaud le A est noir, le E est blanc, le I est rouge, le U est vert et le O est bleu, pour moi le A est rouge bordeaux, le E bleu, le I jaune, le U rouge vif et le O jaune très blanchâtre. Chaque synesthète a sa propre perception et c’est normal ! Ce n’est pas une maladie. Nous ne sommes pas bizarre. Nous avons juste une perception différente des choses que vous. C’est comme si pour vous c’est logique que l’herbe soit verte et les fraises rouges, pour moi il est logique que le J soit orange et le 4 vert.

  3. Gauthier Jean-Christophe

    dit :

    Rimbaud est un voyant voyageur.
    Il s’agit d’embarquer avec lui.
    De pleurer ses aubeS, de croquer ses luneS, de brûler ses soleilS.
    Et se trouver peut-être face à l’Etre suprême.
    Est-il île, est-il aile ?
    Il s’agit de battre des voyelles pour le savoir
    L’espace d’un instant
    Une seconde d’éternité
    Je me brûle à l’approcher
    Ivre de mer, de ciel et de terre.
    Tu es mon père, mon fils et mon seul espoir.
    Rimbaud avec toi je reste dans le noir
    Je reste dans le a…

  4. Sherlock

    dit :

    Rimbaud était surement synesthésiste. Cf. la synesthésie sur wikiped.

  5. J.F. Guelfi

    dit :

    L’un des commentaires fait référence au surréaliste. Je pense aussi au vocabulaire de l’art abstrait qui s’exprime par les formes et/ou les couleurs.

  6. jean luc Lejeune

    dit :

    J’aime bien le commentaire de Belperattureap… il ou elle remercie et fait preuve de sincérité… j’avais tout bon pour les trois premières voyelles ! Je les imaginais comme Rimbaud ! De là, à se prendre pour un Poête… Y’a du boulot ! Quelle merveilleuse musique !

  7. Noel

    dit :

    Souvent (on a d’ailleurs tous connu ça au lycée) les explications de textes sont des aberrations totales. Laissons nous simplement porter par la beauté et l’harmonie.

  8. tayra

    dit :

    Le thème est religieux et évoque la naissance du Christ jusqu’à la mort : les mouches, le velu l’odeur font référence à la crèche habitée par du bétail (l’âne et le bœuf) qui symbolise aussi la noirceur du monde avant l’arrivée de la Lumière par l’innocence d’un enfant (la candeur exprime ces deux idées). Les tentes évoquent le désert, les bergers qui ont assisté à la scène. Ensuite la crucifixion : les lances des romains dont celle qui transperça le Christ sur la Croix, le sang craché qui rappelle le caractère sanguinolant de ce supplice, le rire c’est la moquerie des romains et des gens autour de la Croix (Sauve toi toi même, la fausse couronne d’épines, « ave rex iudaeorum ! » etc). La référence au terme pénitent appuie le caractère religieux du texte. Enfin l’Alpha et L’Omega qui est aussi la manière dont se nomme Dieu (« Je suis l’Alpha et l’Omega ») et les majuscules employés pour écrire « Ses Yeux » qu’on n’utilisait autrefois que pour qualifier les choses qui appartiennent à Dieu.

  9. MALLET Jean

    dit :

    Il n’a pas mis le jaune qui est pourtant une somptueuse couleur. Il a pris le noir et le blanc qui ne sont pas vraiment des couleurs, et il ne parle pas de l’Y qui, pourtant, est bien une voyelle. Avait-il un défaut de vision notre grand poète ?

  10. Rémi

    dit :

    6 E au premier alexandrin
    6 E au deuxième
    6 E au troisième….
    Noir-blanc, l’alpha et l’oméga (qu’on retrouve au dernier alexandrin) mais aussi dans l’ordre des voyelles… A….O.
    Restent les couleurs… des cavaliers de l’apocalypse… et 6 6 6….
    Terrible !

    Merci Cosme de nous ouvrir les plus belles pages de la poésie.

  11. André Wiener

    dit :

    A la lettre I (pourpres, sang craché), l’absinthe est mentionnée sous la forme des ivresses pénitentes, – autrement dit des saouleries capables de rachat, de rédemption, d’effacement de la faute. Il est donc inutile, dit Rimbaud, de compter sur l’alcool pour oublier. Oublier quoi ? – Les horreurs de la guerre de 1870, qui est par ailleurs omniprésente dans le Bateau ivre.

  12. CHARRIERE

    dit :

    Je me dis parfois que si j’avais à emporter un seul vers sur une île déserte (!) ce serait : «  Ô l’oméga, rayon violet de Ses Yeux! »

  13. Quentin

    dit :

    Cela fait penser au Grand Œuvre de l’Alchimie .

  14. CHARRIERE

    dit :

    Une poésie d’un niveau tel que Voyelles, c’est à dire au sommet absolu et indépassable, n’a besoin d’aucune explication. Chacun la perçoit intimement à sa façon. En fait la quasi totalité des commentateurs ne comprennent pas ce qui est l’essence même de la poésie, la liberté du mystère. Pitié, laissez Rimbaud tranquille !

  15. Victoria

    dit :

    Hahaha non mais le commentaire de « Luna ». Plus condescendant tu meurs.

  16. Champalaune

    dit :

    En fait , il s’agit d’un poème tantrique, dont l’auteur ne savait rien de cela mais dans sa recherche de voyance, avait eu une premonition intuitive. C’est génial cette association de tout et cette destruction des frontières entre les mots , les couleurs, les sensations et le sens du sens des mots et sa suprême contenance dans une lettre qui contient tout à la façon d’une lettre germe utilisée dans le Vajrayana.

  17. Luna

    dit :

    Ce qui est triste c’est d’entendre un ignare comme Guillaume Meurice prétendre donner son avis sur ce chef-d’oeuvre de Rimbaud. Que les comiques troupiers évitent de se mêler de poésie : ils n’ont pas le niveau intellectuel requis.

  18. N’dri

    dit :

    J’adore

  19. Jeff

    dit :

    Cool

  20. Michel

    dit :

    Vous avez le décodage dans la revue Bizarre…

    Pour André Breton, la thèse de Faurisson sur l’interprétation de Voyelles avait été jugée « agitante au possible », « assez éblouissante » pour André-Pieyre de Mandiargues, ou « révolutionnaire » pour Robert Poulet. Seul ou presque l’écrivain Etiemble, dans Le Monde, avait critiqué Faurisson, le traitant de « paranoïaque », de « schizophrène », d’« érotomane ». LOL.

  21. Gueulle

    dit :

    J’adore !

  22. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    « Silences traversés des mondes et des anges
    O l’Oméga rayon violet de Ses Yeux  »
    D’une manière assez basique, la couleur blanche et la couleur noire sont toutes deux des symboles du silence. Le blanc de l’oeil et la pupille (noire) symboles du silence sont traversés par le bleu symbole d’infini, de divin et de rêve : « Silences traversés des mondes et des anges ».

  23. jaky

    dit :

    Ouais, certains ont beaucoup d’imagination… trop même

  24. Daniel

    dit :

    Double synesthésie…
    Le voyage dans l’imaginaire…
    N’est il pas plus beau voyage que de parcourir le corps de LA femme ???

  25. Isabelle

    dit :

    lire « Cosme » de Guillaume Meurice. Cosme a déchiffré le poème de Rimbaud

  26. Mario Beaulieu

    dit :

    C’est une composition nimbée de sensualité. A mon sens ,il s’agit d’une sorte de décryptage érotique… Là Je rejoins Mr.Sylvain Foulquier. Cependant, il reste encore d’autres interpretations possibles. Seul Arthur connaît la vraie.

  27. vliz

    dit :

    Y jaune, couleur du soleil et de l’or symbolise la lumière. Il évoque le désert mais aussi la sécheresse et est associé à la couleur du « Parler d’or » c’est-à-dire parler de la manière la plus convenable en la circonstance ou la plus souhaitable pour celui à qui on parle. O, l’Omega, rayon violet de Ses Yeux. Le violet (rouge et bleu) est la couleur secrète de la spiritualité. Il incarne la modestie. 4 000 nm ( nanomètre) est à peu près la limite entre le violet visible et l’ultraviolet invisible.

  28. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    « Voyelles » est un poème d’avant-garde qui annonce la poésie et la peinture surréalistes. En fait, il s’agit d’un sonnet érotique, car chaque lettre symbolise une partie du corps féminin : A représente les cuisses et le sexe, E la poitrine, I les lèvres, U le front et O les yeux. A ces symboles Rimbaud associe des couleurs, de manière logique quoique très subjective, et crée ainsi une oeuvre surréaliste avant l’heure, étrange et déroutante, qui libère l’imaginaire et offre à l’analogie poétique des ressources totalement inédites.

  29. laura

    dit :

    Très très cool

  30. Belperattureap

    dit :

    Merci beaucoup. Je dois avouer que le sonnet est difficile, tout de même, à comprendre…

  31. Jessiniki

    dit :

    Pouvez vous m’expliquez dans ce poème où est exprimé le voyage

  32. jovanovic

    dit :

    Trop cool !

  33. rephael

    dit :

    Très cool !

  34. sarutobi

    dit :

    Amazing Rimbaud

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