L’incroyable, l’unique horreur de pardonner

Paul Verlaine

L’incroyable, l’unique horreur de pardonner,
Quand l’offense et le tort ont eu cette envergure,
Est un royal effort qui peut faire figure
Pour le souci de plaire et le soin d’étonner :

L’orgueil, qu’il faut, se doit prévaloir sans scrupule
Et s’endormir pur, fort des péchés expiés,
Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds
Sur cette humanité toute honte et crapule

Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut
Au cœur qu’un rien émeut, tel sous des doigts un luth,
Faire un peu de repos dans l’entier sacrifice.

Paix à ce cœur enfin de bonne volonté
Qui ne veut battre plus que vers la Charité,
Et que votre plaisir, ô Jésus, s’assouvisse.

Paul Verlaine, Bonheur, 1891

Imprimer ce poème

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *