La femme adultère

Federico Garcia Lorca

A Lydia Cabrera y a su negrit

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu’elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s’éteignirent les lumières
Et s’allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s’ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l’empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d’arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière

Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s’enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j’ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d’affilée
Ni le nard ni les escargots
N’eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N’ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s’enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L’une moitié toute embrasée
L’autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers

Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu’elle me disait
Le clair entendement m’inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l’eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D’un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu’elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière

Federico Garcia Lorca, extrait de « El Romancero Gitano »
Traduction Jean Prévost

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13 commentaires sur “La femme adultère”

  1. guellec maryse

    dit :

    Quel bonheur de relire, d’écouter Garcia Lorca

  2. Piotr Vassilievitch

    dit :

    N’a-t-il pas été inspiré par la légende de Lady Godiva ? Rien à voir avec la marque des chocolat.

  3. Geo LEINA

    dit :

    La plus belle version que je connaisses est celle dite par Jacques DOYEN qui a remporté le Grand Prix de L’Académie du disque en 1958 avec un disque DUCRETE THOMSON 460 V 316 édité en 1957 sur lequel on pouvait trouver: BATTERIE de COCTEAU, LA BALLADE des PENDUS de VILLON et ANNABELL LEE d’Edgard POE. Ce disque est mis en musique par le groupe expérimental LASRY-BASCHET qui colle particulièrement bien avec les textes… Disque rare, peut-être sur internet :CD and LP. com

  4. Delahaye

    dit :

    Très beau, mais rien à voir avec le texte original.

  5. Rose

    dit :

    C’est un poème puissant et Garcia Lorca a usé des mots magnifiquement. Pauvre homme tué par la barbarie qui n a rien compris à la beaute. Ce n est pas vulgaire parce que les mots sont enfiles mêlés comme s’il s’agissait d’un collier de perles. J adore la poésie! L’art dérange et derangera toujours les brutes, les dictatures y compris de nos jours avec Daesh qui ne l aime pas. Finalement rien ne change.

  6. LEBRESNE

    dit :

    C’est grâce à la Cie de théâtre Le Butor des Mureaux (78) que j’ai le plaisir de découvrir ce poème (et les autres) de Lorca. J’aimerais les lire en espagnol bien sûr cela doit-être encore plus beau… mais mon espagnol est pitoyable … Cela donne envie de s’y remettre !

  7. fred fort

    dit :

    oui, pour la femme « infidèle » et « dix couteaux » mais cette traduction est la meilleure que l’on puisse trouver – à mon avis – La poésie « intraduisible »,certes,mais il vous sera difficile de trouver mieux. Qui relèvera le défi?

  8. Lania

    dit :

    Bonjour
    Ce choix parce que j’ai travaillé sur la littérature cubaine et que j’y ai rencontré Lydia Cabrera.
    Et il va de soi que c’est parce que j’aime son écriture et bien évidemment, quand elle n’est pas traduite.
    Belle journée à Tous-Toutes.

  9. Casimir

    dit :

    Traduttore, tradittore !

  10. rpavarotti

    dit :

    Il est toujours difficile de traduire de la poesie et toute traduction ne rendra jamais le texte original ‘intact ».
    Mais le passage de dix à douze est dû à la contrainte que s’est fixé le traducteur (que je ne connais point).
    Touts les vers semblent être des OCTOSYLLABES donc douze fait 2 et dix fait 1.
    Un auteur americain avait écrit un jour.
    La poesie? c’est ce qui est intraduisible.

  11. Pénéloop !

    dit :

    Merci, Lointier,
    pour tes précisions qui me paraissent judicieuses…

    Magnifique texte !

    Loop

  12. lointier

    dit :

    Au moins une « belle » » erreur de traduction: « 12 couteaux » alors que ce sont « 10 couteaux », comme les 10 doigts des 2 mains!!!
    Par ailleurs, le titre : « la femme infidèle » serait plus juste.

  13. Annick Tirache

    dit :

    Hymne à l’amour adultère
    Hymne à la femme
    Hymne au plaisir de la chair

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