Ballade des Dames du temps jadis

François Villon

Dictes-moy où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Heloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?
Pour son amour eut cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jetté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ;
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan !

ENVOI

Prince, n’enquerez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’antan !

François Villon, 1458-9

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28 commentaires sur “Ballade des Dames du temps jadis”

  1. Odette CHAUVE

    dit :

    Je me réveille ce matin 17 mai 2022 avec l’intégralité de ce poème dans la tête. Je n’ai pas écouté la version chantée de G. Brassens depuis mon enfance. J’ai 78 ans…

  2. Michel Bourhis

    dit :

    Dans mon rêve, la nuit dernière, j’ai chanté ce poème de François Villon, bien que je ne connusses que partiellement les paroles. Aussi ai-je voulu retrouver l’intégralité du texte que j’ai relu avec passion et re-chanté avec Brassens.

  3. Daniel Rondi

    dit :

    Mais pourquoi « Dames du temps jadis » et « Neiges d’antan » ? une hypothèse voudrait qu’au temps de Villon, il y ait eu un hiver à Paris une exposition à succès de sculptures sur glace (ou plutôt de neige tassée et glacée) représentant les principales gloires féminines du passé, ces fameuses « Dames du temps jadis »… et qui auraient fondu dès le réchauffement printanier. Si non e vero…

  4. Mario Alessi

    dit :

    Je suis Italien et j’ai étudié ce poème à 15 ans, grâce à ma prof de français du lycée. Quelques années plus tard j’ai rencontré Brassens et son interprétation. Ce ne sont pas mes racines, et ce poème ne réveille pas chez moi des sentiments d’orgueil identitaire ou de fierté nationale. Mais sa beauté indémodable, la douceur de sa musique et la mélancolie des images qu’il évoque n’ont pas de frontières. La patrie du poète, comme le disait Baudelaire, est l’ailleurs : ce sont « les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages ! » — ou bien sûr ces « neiges d’antan » auxquelles on ne touchera plus mais qui restent intactes quelques parts.

  5. Nicolas Chevalier

    dit :

    Sur RCF Tours je vais lire ce poème mardi 8 mars pour commenter ce poète aussi et parler de son œuvre. Cette Radio m’a demandé il y’a un An de reprendre un trois minute poétique abandonné. J’ai relevé le propos.

    RCF Tours les mots Basculés pour les podcasts en ligne. J’espère apporter des encouragements à relire.

  6. Sylvain Julien

    dit :

    Très beau poème… j’ai 81 ans et, grâce à Brassens, je le connais par cœur depuis des lustres…! Je surprend parfois mes amis avec ce très beau texte et cette musique qui porte si bien ces paroles…

  7. Maxula

    dit :

    Merci à Brassens qui m’a fait connaître François Villon dont je recommande « Les oeuvres complètes » à La Pléiade. . .

  8. Pierre Quinchon

    dit :

    Merci monsieur Francois Villon… Près de 600 ans ont passé…mais vous n’avez pas pris une ride !

  9. Dobigny Christian

    dit :

    Que du vieux « François » et pourtant encore très compréhensible de nos jours. Comme quoi c’est bien la langue qui « fait » un pays.

  10. HENNING LAMB

    dit :

    Dans « La chevelure » (1884) Maupassant cite quelques vers du poème. Bonne raison de rechercher le texte intégral. Merci!

  11. Jluc

    dit :

    Merci d’avoir respecté le point d’exclamation après neiges d’antan !

  12. Radu

    dit :

    Mais où sont les hommes d’antan ?

  13. Lourson

    dit :

    Peut mieux faire.

  14. Lavin

    dit :

    Poème dur à comprendre…

  15. Marc Emanuel Lebricoleur

    dit :

    Pas ouf

  16. bernard belorgey

    dit :

    Merci monsieur Villon et Brassens. Ce poème me reporte à mes années d’études il y a 60 ans.

  17. Daleau

    dit :

    Beau poème d’un grand poète médiéval chanté par un grand poète du XX siecle.

  18. Roger Delaporte

    dit :

    Nos racines…

  19. Daniel DAVID

    dit :

    Merci Brassens pour la culture que tu as apporté au commun des mortels que je suis, par la richesse du langage contenu dans tes chansons en général, et celle-ci en particulier.

  20. Noé-Pécheur

    dit :

    je connais ce poème par coeur, grâce à ce cher Brassens. Quel plaisir de relire ou de chanter ces mots doux comme des caresses même s’ils étreignent bien souvent la souffrance et la mort.

  21. Guy RAMONA

    dit :

    C’est un poème des vieux jours, lorsque le monde qui fut le nôtre s’en est allé pour la majorité…

  22. Moraillon

    dit :

    J’ai 91ans et je chante encore. Merci de m’avoir permis de retrouver l’integralite de ce très beau poème.

  23. Raymond Trimborn

    dit :

    François Villon, un poète unique en son genre. Ce poème m’inspire des émotions difficiles à décrire.

  24. Truong P

    dit :

    Poème dur avec des mots bizarres

  25. Claude Levavasseur

    dit :

    Pourquoi ce magnifique poème appris « par cœur » il y a plus de 60 ans m’est revenu en mémoire dans son intégralité? Bonheur.

  26. rosie

    dit :

    Très beau, en particulier chanté par George Brassenss !

  27. Kaaris Dozo

    dit :

    Splendide…

  28. Bruno DE GIACOMETTI

    dit :

    Superbe…!

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