Colloque sentimental

Paul Verlaine

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.

– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non.

– Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! – C’est possible.

– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine, Fêtes galantes

 

 

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4 commentaires sur “Colloque sentimental”

  1. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    Dans « Le voyage dans le passé  » Stefan Zweig cite les vers 5 et 6 de ce poème : l’infinie tristesse, l’émotion déchirante des vers de Verlaine collent parfaitement à celles du roman de Zweig (qui est à la fois le récit d’un amour inaccessible et une dénonciation de l’Allemagne nazie).

  2. Lola :)

    dit :

    C’est magnifique :'(

  3. Chris

    dit :

    Eh bien ! mêle ta vie à la verte forêt !
    Escalade la roche aux nobles altitudes.
    Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
    Fuis les regrets amers que ton cœur savourait.
    (Théodore de Banville)

  4. mimi

    dit :

    Il ne sert à rien de vouloir retrouver ses amours passées.

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