Le mal

Arthur Rimbaud

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Arthur Rimbaud

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17 commentaires sur “Le mal”

  1. Cristophe

    dit :

    Très bien. J’adore Arthur Rimbaud.

  2. Kevin

    dit :

    Rimbaud, j’adore le personnage qui se fou de tout (homosexualité’ alcool, drogué, prostitution)

  3. nvm

    dit :

    Bellissime

  4. L5A

    dit :

    Rimbaud est un génie, d’autant plus qu’il a écrit ce poème dans sa jeunesse !!!

  5. fdp

    dit :

    Thème : en désignant la guerre par « le Mal », Arthur Rimbaud dénonce la guerre et sa violence tard en accusant le pouvoir politique et la religion.
    Remarques :
    – sonnet (tradition classique)
    – invocations de la nature : « de », « l’huile », allégorie de la « nature » avec le secours à la majuscule, « ciel bleu », « joie », créant aussi un contraste avec une guerre symbole de mort et de la nature symbole de vie « elle s’oppose à la bienveillance de la nature ».
    – image des « crachats rouges » (v.1) montrant la trajectoire des balles.
    – la guerre est mise en avant avec son caractère destructeur à travers le champs lexicale de la destruction « mitraille » (v.1), « broie » (v.5), « croulent » (v.4), « pauvres morts » (v.7)
    – notion de douleur dans le dernier tercet incarnée par « les mères » / registre pathétique
    – les « hosannah », terme gare accentue l’impression de déplacée lorsqu’elle trouve sa place dans la massacre des soldats et le désespoir des mères.
    – champ lexical du sommeil « bercement », « s’endort » montre l’indifférence de Dieu et donc le l’église aux malheurs de la guerre.
    – opposition de la bascure de l’église et de la pauvreté du peuple « un gros sous », « vieux bonnet noir »
    – la poésie prend une allure argumentation.
    – idée de l’enfer « rouge, feu, cendre »
    – idée d’indifférence

  6. Agnost

    dit :

    Sur la theodicée lire Abel et Caïn de Baudelaire.

  7. Agnost

    dit :

    Jean Le breton, quel genre de dieu sadique soumettrait des créatures dont il sait les limites à tant d’atrocités? « Un dieu qui rit aux nappes damassées… ». Rimbaud se moque des croyants et des cultes… vous vénérez un dieu ou sadique ou fainéant ou les deux… au lieu d aimer ici et maintenant nous dit-il. C’est un peu vain car on sait bien que rien ne peut faire bouger ceux qui sont emmurés dans la foi.

  8. aphyl

    dit :

    Le thème de la théodicée (ou justice de Dieu si vous préférez) est vieux comme le monothéisme. Rimbaud est un rebelle, il n’a pas besoin de Pasteur et se révolte contre les moutons… Voilà toute la différence entre soumis et révoltés encore récemment évoqué par Michel Houellebecq dans son dernier roman. Par contre, le génie de Rimbaud est difficilement contestable !

  9. ZANNOU CLÉMENT

    dit :

    J’ai du mal à comprendre le message que vehicule ce poème

  10. rachid

    dit :

    Rimbaud fait partie des poètes rebels et décadents qui sont révoltés contre l’église et l’ont présentée sous une forme de faiblesse aussi comme le cas de Baudelaire dans le poème La cloche fêlée. Ce sont de grands poètes.

  11. Skriff

    dit :

    Sachant que, Arthur Rimbaud parle de l’église à son époque, désormais les églises ne dépendent plus de l’état, et bien qu’elle reçoive de l’argent des fidèles, elle ne fait plus de « profits » à proprement parler.

  12. tibotib

    dit :

    Jean Lebreton, je ne comprends pas ton msg. Il est tout de même légitime de parler du paradoxe entre la violence des Hommes surtout après ce siècle de révolution, en pleine guerre contre la Prusse, à l’aube de la commune, et la foi en Dieu si omniprésente même au niveau étatique. En outre quel est le rapport avec le tremblement de terre de Lisbonne.

  13. Jean Lebreton

    dit :

    Tremblement de terre de Lisbonne, quand tu nous tiens ! Comment peut-on apprécier, et plus encore écrire, de telles accusations vis-à-vis de l’Eglise, lorsque les clercs offraient l’éducation et religieuses, les soins médicaux gratuits dans les villages ! Comment peut-on se prétendre littéraire en croyant encore que l’existence du Mal prouve la  »non-omnibénévolence » de Dieu, alors Saint Augustin a depuis 1000 ans affirmé que le Mal est une épreuve de notre libre-arbitre ! Non, décidément, je refuserai de considérer Le Mal comme un grand poème !

  14. aveez

    dit :

    trop bien

  15. miriam trifoglio

    dit :

    Sublime!!!

  16. fdp

    dit :

    genial

  17. ntm

    dit :

    super

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